Vente en ligne, supermarchés, santé: jusqu’où iront les ambitions d’Amazon?

 

 

Jeff-BEZO © Malick MBOW
Jeff-BEZO © Malick MBOW

Julie CHARPENTRAT,AFP dim. 18 févr.

Amazon s'attaque désormais à la santé, dernière illustration de la stratégie de croissance tous azimuts voulue par son fondateur Jeff Bezos

San Francisco (AFP) – Après la vente en ligne, les services informatiques, l’alimentation… Amazon s’attaque désormais à la santé, dernière illustration de la stratégie de croissance tous azimuts voulue par son fondateur Jeff Bezos, dont les ambitions semblent sans limites.

A sa création il y a presque 24 ans, Amazon était simplement un libraire en ligne. Maintenant, le site vend désormais à peu près de tout, de la couche culotte à la combinaison de plongée en passant par les paquets de biscuits. Mais ses activités vont bien au-delà du e-commerce : il ne cesse de se diversifier dans des secteurs souvent très différents (« cloud », streaming vidéo, télés et enceintes connectées, assistant virtuel Alexa etc.).

Avec, toujours, l’ambition de bouleverser des pans entiers de l’économie, au grand dam des acteurs traditionnels, obligés de combattre les offensives du mastodonte de Seattle (nord-ouest des Etats-Unis), qui a un credo : baisser les prix.

« Amazon a apporté à beaucoup de secteurs de la distribution la transparence des prix et la commodité », résumaient cette semaine dans une note les analystes de S&P Global Ratings. « Son modèle d’e-commerce a déplacé les attentes des consommateurs et leur comportement. Les distributeurs traditionnels sont à des étapes différentes d’adaptation à ce nouveau paysage et tous n’y parviennent pas », ajoutaient-ils.

En 2017, Amazon a ciblé l’alimentaire, en rachetant, à la surprise générale, la chaîne de supermarchés bio Whole Foods, qui lui permet de disposer de points de vente physiques et de relais-colis.

– ‘Méthodique’ –

Désormais, c’est à la santé que s’intéresse de près le groupe de Jeff Bezos, en raison de l’explosion de ses coûts aux Etats-Unis. Cela donne déjà des sueurs froides au secteur, surtout si, comme le pensent certains analystes, Amazon pourrait in fine vouloir vendre des médicaments sur ordonnance.

Le groupe a annoncé fin janvier une alliance avec le milliardaire Warren Buffet et Jamie Dimon, PDG de JPMorgan Chase, pour créer un système de protection sociale, qui concernerait dans un premier temps leurs employés respectifs, soit plus d’un million de personnes.

Selon le Wall Street Journal cette semaine, Amazon, qui vend déjà des médicaments sans ordonnance, souhaiterait aussi devenir fournisseur de matériel médical pour les hôpitaux.

« Je pense que Bezos est méthodique et réfléchi. Le système de santé américain est mûr pour une réforme, en raison de l’explosion des coûts dans tous les secteurs : assurance, soins, médicaments et matériel » médical, relève Patricia Orsini, analyste au cabinet eMarketer.

« De la même façon que pour toutes les autres industries dans lesquelles Amazon est entré, Bezos prévoit des alternatives moins chères et des services fluides qui pourraient, à terme, rapporter beaucoup d’argent », poursuit-elle.

Même si la santé est un marché très complexe parce que très encadré, Amazon pourrait donc tenter d’y appliquer les recettes qui ont fait son succès depuis ses timides débuts au milieu des années 90: tirer les prix vers le bas et proposer des livraisons rapides et fiables grâce l’envergure de son réseau logistique.

Et même si nul ne connaît ses intentions exactes, « ne sous-estimons jamais quoi que ce soit de potentiellement perturbateur (économiquement) dans lequel Amazon est impliqué », notent les analystes de Barclays.

D’autant que Jeff Bezos a déjà démontré qu’il avait souvent un coup d’avance, par exemple avec son assistant vocal Alexa, intégré dans ses enceintes connectées Echo dès 2014, un marché aujourd’hui en plein essor qu’il domine largement. Il est aussi leader mondial de l’informatique en nuage, le « cloud », avec sa division AWS lancée en 2006.

– ‘Cash-machine’ –

Les activités d’Amazon sont « complexes » et « ont évolué à travers beaucoup d’initiatives différentes » dont « certaines auront du succès et d’autres non », note Robert Shulz, analyste spécialiste d’Amazon chez S&P.

Mais Amazon, véritable « machine à cash », peut se le permettre.

« Leur approche, c’est la croissance de l’activité » même si cela signifie qu’ils dépensent énormément pour grossir, poursuit M. Shulz, rappelant que le groupe ne paie pas, par exemple, de dividendes à ses actionnaires.

Et malgré sa puissance, Amazon a jusqu’ici réussi à ne pas attirer l’attention des autorités de la concurrence.

Le succès d’Amazon vaut au discret Jeff Bezos, également propriétaire du quotidien Washington Post, le surnom de « perturbateur-en-chef » et d’être désormais l’homme le plus riche du monde.

Mais cela confère aussi à son groupe une image de rouleau compresseur responsable des déboires du secteur de la distribution traditionnelle aux Etats-Unis et dans d’autres pays. Sans compter sa réputation d’imposer des conditions de travail pénibles dans ses entrepôts de façon à réduire les coûts au maximum, ou encore, comme d’autres géants technologiques américains, de pratiquer allègrement l’optimisation fiscale.

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