Moussa Faki Mahamat: «Mon village c’est le Tchad, mon pays c’est l’Afrique»

 

Moussa-Faki-Mahamat © Malick MBOW
Moussa-Faki-Mahamat © Malick MBOW

Par Christophe Boisbouvier

Diffusion : lundi 23 janvier 2017

 

 

Moussa Faki Mahamat. AFP PHOTO / FETHI BELAID

 

Dans une semaine, le 30 janvier 2017, les 54 chefs d’Etat et de gouvernement du continent réunis en sommet à Addis-Abeba éliront le prochain président ou la prochaine présidente de la Commission de l’Union africaine. Ces derniers jours, à la même heure, vous avez pu entendre deux des candidats, le Sénégalais Abdoulaye Bathily et la Kényane Amina Mohamed. Voici, ce lundi 23 janvier, le Tchadien Moussa Faki Mahamat. Le chef de la diplomatie tchadienne répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Si vous êtes élu, qu’est-ce qui changera dans la direction de l’Union africaine ?

Moussa Faki Mahamat : Je pense que l’Union africaine a besoin d’un leadership affirmé. Qui trop embrasse mal étreint. Je crois qu’il faut recentrer sur l’essentiel. Par exemple depuis 2002, nous avons adopté aux alentours de 1 800 décisions et résolutions. Moins de 15% ont été réellement mises en œuvre.

Au Tchad, la réélection du président Idriss Déby en avril 2016, dès le premier tour, a été très contestée par l’opposition qui a dénoncé une fraude massive. Est-ce que vous ne craignez pas que cela donne une mauvaise image à votre candidature ?

Je ne pense pas. Il n’y a pas de lien direct entre la candidature d’un citoyen tchadien à la présidence de la commission et à la situation politique dans le pays. Par ailleurs, c’est le point de vue de l’opposition. Cette élection, elle a été gagnée par le président Déby, je crois, dans la transparence.

Les caisses sont quasiment vides, a reconnu le président lors du Nouvel An. Est-ce que tout cela ne complique pas quand même votre démarche ?

Il est bien vrai que le Tchad est très engagé sur le plan militaire au Mali, dans le bassin du lac Tchad, des forces mixtes avec le Soudan et la République centrafricaine, et plus de 10 000 hommes depuis 2011 à la frontière libyenne. Tout cela coûte, ce qui fait que le pays est dans une situation économique et financière très difficile. Nous négocions avec les syndicats et je relève qu’ils ont suspendu leur grève pour un mois. Nous allons continuer à discuter avec les acteurs sociaux. Un pays a l’obligation de vivre avec ses moyens.

Est-ce parce que l’armée tchadienne est intervenue dans plusieurs pays de la région qu’aujourd’hui vous cherchez peut-être à pousser votre avantage stratégique sur le plan politique ?

Pas seulement. L’intervention du Tchad, nous la considérons comme une obligation. Au niveau du Sahara, il n’y a pas de frontière. C’est un devoir de solidarité. L’armée tchadienne a eu à faire ses preuves, c’est reconnu. Je n’ai pas à tirer un quelconque avantage particulier. Par contre, un ressortissant de cette zone, qui plus est ministre des Affaires étrangères depuis bientôt une dizaine d’années, a peut-être un avantage. Et peut-être, il sera plus réactif. Depuis 2008, j’ai eu à travailler sur un certain nombre de dossiers comme celui du Darfour, sur le dossier libyen, sur le dossier malien, sur la crise avec Boko Haram dans le bassin du lac Tchad. Donc ça me donne certainement un avantage, au moins sur la connaissance de plus près de la plupart des crises qui sont en cours dans le continent.

Mais le professeur Bathily qui a été médiateur pour les Nations unies, qui a été ministre d’Etat pour le Sénégal, n’a-t-il pas aussi cette expérience ?

Il a ses qualités. Chacun de nous a ses qualités. Nous les soumettons aux chefs d’Etat. C’est à eux, peut-être qu’ils auront l’embarras du choix.

Cette élection tombe au moment où le Maroc souhaite revenir dans l’Union africaine, après de longues années d’absence [départ du Maroc en 1984 suite à l’admission de la RASD, soutenue par l’Algérie]. Vous êtes pour ou vous êtes contre ?

Je suis pour bien entendu. Le Maroc est un Etat africain. C’est une bonne décision.

Il y a six mois pour soutenir la démarche du Maroc, mais aussi pour demander la suspension de la République arabe sahraouie démocratique, la RASD, il y a 28 Etats du continent qui ont signé une pétition. Mais pas le Tchad ?

Ce n’est pas la démarche. Je crois que juridiquement parlant, tout Etat africain a la possibilité d’adhérer à l’Union africaine. Toute démarche doit respecter les principes et les procédures.

Voulez-vous dire que les 28 Etats qui ont signé cette pétition seront plus naturellement enclins à voter pour le Sénégalais Abdoulaye Bathily que pour vous, et que du coup vous aurez le soutien des autres Etats ?

Non, je ne pense pas que le problème se pose en ces termes. Nous postulons pour la présidence de la commission, nous sommes tous des citoyens africains. Je ne suis pas sectaire, je ne compte pas uniquement sur tel ou tel parti sur le plan géographique. Mon village c’est le Tchad, mon pays c’est l’Afrique.

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