Anne Pingeot et François Mitterrand, l’histoire d’un amour caché

Francois-Mitterand © Malick MBOW
Francois-Mitterand © Malick MBOW

l’histoire d’un amour caché

Dans « Lettres à Anne », l’ancienne maîtresse du président dévoile 1 200 lettres d’amour que ce dernier lui a adressé, et qui dessinent l’autre vie du leader socialiste.

Anne Pingeot au Musée Courbet, à Ornans, dans le Doubs, le 25 juillet 2011. (MAXPPP)

Marie-Violette Bernard France Télévisions

Mis à jour le 08/10/2016 | 09:12
publié le 08/10/2016 | 07:27

 

François Mitterrand voyait en elle « la chance de sa vie ». Anne Pingeot publie, jeudi 13 octobre, un recueil de 1 218 lettres que lui a écrites l’ancien chef de l’Etat, dont elle a été l’amante pendant 32 ans. Une publication inattendue, deux décennies après la mort de celui qu’elle surnommait « Cecchino »« petit François » en italien. Franceinfo retrace l’histoire de la relation entre le président et cette femme qui a toujours voulu rester dans l’ombre, même après la mort du leader socialiste.

Tombée sous le charme du dirigeant socialiste

La première fois qu’Anne Pingeot rencontre François Mitterrand, elle a tout juste 14 ans, rappelle Paris-Match. Ses parents, lointains cousins de la famille Michelin, occupent une maison de vacances près d’Hossegor, dans les Landes. Ils deviennent amis avec celui qui n’est encore que député de la Nièvre. Anne Pingeot, née en 1943, n’a alors que trois ans de plus que le fils aîné des Mitterrand, Jean-Christophe.

François Mitterrand la remarque pour la première fois alors qu’elle a 18 ans, lors d’une représentation théâtrale. « C’était au tout début des années 1960. Après les parties de golf, on allait prendre l’apéritif chez le père Pingeot, explique Gilbert Mitterrand, l’un des trois fils du chef de l’Etat, auPoint. J’ai croisé Anne à ce moment-là (…) De ma vie je n’ai pas dû avoir plus de trois conversations avec elle, sauf le jour des obsèques. »

Anne Pingeot quitte Clermont-Ferrand pour Paris au début des années 1960, le baccalauréat en poche. Elle a une ambition, selon Paris-Match : « Faire des choses décoratives avant de se marier. » Mais la jeune femme a besoin de « référents » dans la capitale pour entamer ses études de verrerie. Les Mitterrand acceptent ce rôle. Anne Pingeot tombe alors sous le charme du leader socialiste. « Il était intéressant », raconte-t-elle au journaliste Philipp Short, dans le livre François Mitterrand, portrait d’un ambigu (éd. du Nouveau Monde) dont L’Express publie des extraits. « Les gens supérieurs vous multiplient la vie par leur savoir. »

27 ans de différence d’âge

Leur histoire d’amour débute en 1963. François Mitterrand a 47 ans, Anne Pingeot 20 seulement. « Ce n’était pas le schéma qui était prévu, explique-t-elle à Philipp Short. C’est une affaire qui m’avait dépassée. » Elle devient l’amante du dirigeant socialiste, qui n’envisage à aucun moment de quitter sa femme Danielle. Les amis des Mitterrand y voient une volonté de préserver sa carrière politique ou un attachement aux valeurs de la famille. Anne Pingeot a une autre explication.

Il n’abandonnait jamais un choix. Danielle [Mitterrand], c’est un choix qu’il avait fait et il ne l’abandonnerait jamais.

Anne Pingeot

dans le livre « François Mitterrand, portrait d’un ambigü »

La jeune femme accepte de rester dans l’ombre. Mais elle comprend très tôt que cette double vie signifie qu’elle doit gagner son indépendance financière. Encouragée par François Mitterrand et par sa passion pour l’art, elle entreprend des études pour devenir conservatrice de musée. Le candidat à la présidentielle l’aide même à rédiger sa dissertation sur les « syndicats de communes » entre les deux tours de l’élection de 1965.

Une référence en histoire de l’art

Anne Pingeot devient en quelques années une référence dans son domaine. « Elle a permis de redécouvrir la sculpture française du XIXe : Degas, Bonnard, Gauguin… », assure une conservatrice du musée d’Orsay auJournal du dimanche. Elle œuvre pour le projet du Musée d’Orsay, lancé par l’ancien président de la République, Valéry Giscard d’Estaing. On lui doit notamment le sauvetage des sculptures des Six Continents, retrouvées dans une décharge nantaise, qui trônent désormais sur le parvis de l’ancienne gare, révèle L’Obs.

Lorsque le « M’Orsay » est inauguré, le 1er décembre 1986, c’est Anne Pingeot qui fait office de guide. Face à elle, Jacques Chirac, Valéry Giscard d’Estaing et… François Mitterrand, raconte Le Monde. Seuls quelques proches du président sont alors au courant de leur relation.

Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand et Anne Pingeot (de dos) lors de l’inauguration du Musée d’Orsay, à Paris, le 1er décembre 1986. (DERRICK CEYRAC / AFP)

Anne Pingeot joue-t-elle également un rôle dans la réfection du musée du Louvre ? La pyramide de la cour Napoléon serait en tout cas un « cadeau de François Mitterrand », toujours selon Le Monde. La conservatrice se rend sur le chantier chaque jour, à pied, pour évaluer l’avancée des travaux. On lui devrait également la restauration du pont Alexandre-III, selon un livre de l’ancien directeur du Louvre, Michel Laclotte.

Mazarine, une « consécration mutuelle »

En parallèle, l’idylle présidentielle se poursuit. Anne Pingeot n’est la seule amante de François Mitterrand, qui enchaîne les conquêtes. La jeune femme ne connaîtra, elle, aucun autre homme. « Ni avant, ni après. Admirer la personne qu’on aime, c’est un immense bonheur… » explique-t-elle à Philipp Short.Trente-deux ans de vie intense de bonheur… et de malheur ! Parce que c’était dur… » L’explication de ce choix se trouve dans ses valeurs catholiques. « Comme pour moi, quand même, c’était le péché, je l’ai compensé par une vie exemplaire selon les valeurs d’autrefois. »  

Anne Pingeot n’exige ni le divorce, ni la fidélité. Elle n’a qu’un désir : avoir un enfant. Face à l’ultimatum, François Mitterrand finit par céder. Mazarine Pingeot naît dans une clinique privée d’Avignon (Vaucluse) le 18 décembre 1974. Hors de question pour le chef de l’Etat de rater cette naissance. « [Mazarine Pingeot] était une consécration mutuelle », estime l’homme d’affaire André Rousselet, proche de François Mitterrand, cité par Paris-Match« C’est le seul vrai cadeau qu’il m’a fait », abonde, en plaisantant à moitié, Anne Pingeot.

Mazarine Pingeot (à gauche) et sa mère Anne lors des funérailles de François Mitterrand à Jarnac (Charente), le 11 janvier 1996. (DERRICK CEYRAC / AFP)

Le chef de l’Etat organise sa vie entre ses deux familles. Il passe Noël, les week-ends et les soirées romantiques avec Anne Pingeot. Le jour de l’An, les dîners entre amis et les événements publics sont réservés à Danielle Mitterrand. L’existence de Mazarine Pingeot ne sera dévoilée au public qu’en 1994, lorsqu’une photo de la jeune femme et de son père est publiée en une de Paris-Match.

« La victoire de 1981 a rendu les choses plus faciles »

Lorsque François Mitterrand est élu à la présidence de la République, le 10 mai 1981, Anne Pingeot craint pour l’avenir de leur relation. « C’est le pire jour de ma vie », lâche-t-elle après avoir reçu un appel du nouveau chef de l’Etat. « Paradoxalement, la victoire de 1981 a aussi rendu les choses plus faciles », explique pourtant Laurence Soudet, proche collaboratrice de François Mitterrand, au JDD.

La vie d’Anne Pingeot se partage désormais entre son appartement de la rue Jacob, dans le 6e arrondissement de Paris, et celui obtenu grâce à l’Elysée au quai Branly, où elle retrouve le président presque quotidiennement. Elle refuse toutefois de changer ses habitudes, forçant les policiers chargés de sa sécurité à se rendre à vélo au Musée d’Orsay chaque matin.

Nous avons fait le contraire des vies normales où l’on commence par une vie en commun et on finit autrement…

Anne Pingeot

dans le livre « François Mitterrand, portrait d’un ambigü »

Cette double vie se poursuit durant quatorze ans, jusqu’à la mort de François Mitterrand, atteint d’un cancer. Anne Pingeot a été l’une des premières au courant de la maladie du ténor socialiste. Et elle est présente jusqu’au dernier jour. Inquiétée par l’état de santé de François Mitterrand, elle appelle le docteur Jean-Pierre Tarot le jour de la mort de l’ancien président, le 8 janvier 1996. « Quand Tarot est arrivé, il m’a dit que je devais partir. Je suis revenue rue Jacob, raconte-t-elle a Philipp Short. [Il] a dû lui donner une injection pour terminer les choses. Donc, à la fois je me sens coupable de l’avoir condamné, mais en même temps il y avait ce refus absolu de devenir inconscient, ce que je comprends. »

« La question reste entière parce qu’Anne Pingeot était bien seule avec lui lors des 6-7 dernières heures de sa vie, nuance toutefois le journaliste britannique, interrogé par franceinfo. En même temps, [François Mitterrand] avait un cancer du cerveau et on sait que, dans ces cas-là, la mort peut arriver extrêmement vite. On ne sait donc pas s’il a été bien aidé à mourir ou s’il est mort naturellement. »

« Pour les obsèques, comment fait-on avec l’autre famille ? »

Deux heures après la mort de l’ancien chef de l’Etat, Anne et Mazarine Pingeot quittent son chevet. C’est au tour de Danielle Mitterrand de venir lui dire adieu. « Pour les obsèques, comment fait-on avec l’autre famille ? » lui demande André Rousselet, l’éxécuteur testamentaire de François MitterrandL’épouse du leader socialiste ne veut pas de son amante aux funérailles. « On a discuté, se souvient Jean-Christophe Mitterrand, fils de l’ancien président, dans les pages du JDD. Assez vite il a paru évident que tout le monde devait être là. »

Les deux familles sont finalement réunies, le 11 janvier 1996, au cimetière de Jarnac (Charente). Danielle Mitterrand est entourée de ses fils, Jean-Christophe et Gilbert. Non loin d’elle, Anne Pingeot tente de réconforter sa fille Mazarine. C’est l’unique fois où les deux vies de François Mitterrand sont réconciliées.

Danielle Mitterrand, Jean-Christophe Mitterrand, Mazarine Pingeot, Anne Pingeot et Gilbert Mitterrand assistent aux obsèques de François Mitterrand, le 11 janvier 1996, à Jarnac (Charente). (MAXPPP)

Anne Pingeot est, depuis, retournée dans son anonymat relatif, poursuivant sa carrière de conservatrice et enseignant à l’école du Louvre jusqu’à sa retraite en 2011. Elle ne s’est exprimée sur sa relation avec François Mitterrand qu’une seule fois, dans le livre de Philipp Short, en 2015. En publiant cette correspondance, Anne Pingeot révèle aujourd’hui de nouveaux éléments sur son histoire d’amour avec l’ancien chef de l’Etat. Pas question pour autant de se livrer tout à fait : celle qui a toujours vécu dans l’ombre des Mitterrand n’a pas inclus ses propres lettres dans le recueil Lettres à Anne,1962-1995, publié chez Gallimard.

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