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Fred Kaplan — Traduit par Bérengère Viennot — 13 juin 2018 à 17h03 — mis à jour le 14 juin 2018 à 10h44
Le président américain est quasiment reparti les mains vides du sommet organisé avec le dirigeant nord-coréen. Mais il ne l’a toujours pas compris.
Comme il se doit, il a commencé par une scène surjouée: le président Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un qui s’approchent l’un de l’autre pour une longue poignée de mains.
Avant le sommet, Trump avait dit qu’il saurait dès la première minute si cette expédition serait un succès ou un échec. «J’y vais au feeling, au contact –c’est comme ça que je fonctionne», avait-il expliqué.
Ni calendrier, ni inventaire
Son feeling a dû être bon, parce qu’au bout d’une minute, avant qu’ils n’aient eu le temps d’échanger davantage que des papotages sans intérêt, Trump a confié aux journalistes qu’il était «honoré» d’être en compagnie de Kim et qu’il prédisait que leur rencontre allait être un «succès phénoménal».
Finalement (le sommet aura duré moins de douze heures), les deux camps ont fait une déclaration commune qui, même selon les critères plutôt bas pour ce genre de documents, était extraordinairement légère en termes de détails.
Certes, la Corée du Nord s’est engagée à «œuvrer à la complète dénucléarisation de la péninsule coréenne». Mais ces derniers jours, plusieurs spécialistes ont expliqué que cela ne voudrait rien dire tant que l’on ne disposerait pas d’un inventaire détaillé des stocks actuels de la Corée du Nord et d’un calendrier de démantèlement. La déclaration commune ne propose ni calendrier, ni inventaire, ni même de proposition par Pyongyang de calendrier d’inventaire.
Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, avait annoncé avant la rencontre que Trump insisterait sur le «démantèlement complet, vérifiable et irréversible» des complexes nucléaires de la Corée du Nord. La déclaration commune ne contient même pas la plus vague référence à la manière dont serait vérifié ce désarmement.
L’expression cruciale mais ambiguë de la «dénucléarisation de la péninsule coréenne» est également restée indéfinie. Des représentantes et représentants intermédiaires des deux pays ont travaillé pendant des jours pour tenter de négocier un accord sur ce point, ainsi que sur d’autres sujets de base.
Ils ont apparemment échoué, tout comme ont échoué les deux dirigeants lorsqu’ils se sont rencontrés en face-à-face, et comme, aussi, a échoué un plus grand groupe de très hauts fonctionnaires –Mike Pompeo, le conseiller à la Sécurité nationale John Bolton, le chef de cabinet de la Maison-Blanche John Kelly et leurs homologues nord-coréens– lorsqu’ils se sont réunis autour de la même table.
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Concession de taille
La réalisation de deux scénarios possibles alarmait beaucoup les analystes en amont de ce sommet: premièrement, que rien de spécifique ne soit fixé au sujet du démantèlement de l’arsenal nucléaire de la Corée du Nord, et deuxièmement, qu’en fournissant des garanties de sécurité au régime de Kim, Trump ne fasse trop de concessions sur les engagements américains envers les alliés américains en Corée du Sud et au Japon.
Trump a montré que ces sceptiques avaient raison de s’inquiéter sur le premier scénario, et un peu moins sur le second. Une partie avait craint que Trump n’approuve la signature d’un «traité de paix» qui mettrait fin à la guerre de Corée –un cessez-le-feu est en vigueur depuis 1953, mais techniquement, les combattants sont toujours en guerre. Leur inquiétude était qu’un traité de ce genre soit rapidement suivi du retrait des troupes américaines de Corée du Sud.
La déclaration commune mentionne «des efforts visant à construire un régime de paix stable et durable sur la péninsule coréenne», mais rien, pour le moment, sur un quelconque traité. Elle n’évoque pas non plus l’éventualité de lever les sanctions économiques, autre sujet sur lequel les critiques craignaient que Trump ne cède.
Lors d’une conférence de presse tenue après le sommet, Trump a cependant déclaré qu’il suspendrait les exercices militaires conduits avec la Corée du Sud, expliquant que ces jeux guerriers coûtaient cher et qu’il était d’accord avec Kim pour dire qu’ils relevaient de la «provocation» –ce qui est une concession de taille, surtout dans la mesure où Trump semble l’avoir décidée sans consulter au préalable le président sud-coréen Moon Jae-in.
Butin nord-coréen
Les seules concessions faites par Kim lors de ce sommet ont été l’engagement de renvoyer à l’Amérique les dépouilles de prisonniers de guerre et de soldats portés disparus, un enjeu émotionnel pour les familles de vétérans, et de fermer un site d’essai de moteurs de missiles. Trump a expliqué que Kim avait accédé à cette demande à la dernière minute, pour faire un geste.
Kim est donc reparti de Singapour avec un important butin: la légitimation de son régime, désormais considéré comme une puissance mondiale digne d’être traitée d’égal à égal par un président américain, qui a d’ailleurs évoqué la possibilité d’une future rencontre à la Maison-Blanche, la suspension des exercices militaires à sa frontière, signe concret de l’alliance militaire entre les États-Unis et la Corée du Sud que Pyongyang rêvait depuis longtemps d’interrompre, et le relâchement d’exigences autrefois fermement formulées sur le rythme de son désarmement et les moyens de le vérifier.
Trump, quant à lui, est rentré avec la promesse faite par Kim de rendre les dépouilles de soldats morts, de suspendre les opérations dans un site d’essai de moteurs de missiles et de démanteler l’arsenal nucléaire de la Corée du Nord, un jour.
Jeu, set et match pour Kim.
Résultat modeste mais positif
Avec un peu de recul, ce sont plutôt de bonnes nouvelles, quand on pense aux gros titres qui s’affichaient il y a encore quelques mois, lorsque Trump et Kim échangeaient régulièrement des menaces et que de sinistres nuages belliqueux s’amoncelaient au-dessus de nos têtes.
Dans leur déclaration commune de mardi, les deux camps se sont mis d’accord pour que soient organisées des «négociations de suivi» dirigées par Pompeo et un haut responsable nord-coréen, «le plus tôt possible, pour mettre en œuvre les solutions» du sommet –c’est-à-dire remplir les nombreux blancs et régler les nombreux désaccords.
Ce processus prendra des années et finalement, il peut très bien ne pas déboucher sur grand-chose. Le sommet a néanmoins produit un résultat modeste mais positif que certaines ou certains avaient prédit, peut-être le maximum de ce qu’on pouvait espérer obtenir: une déclaration de nobles intentions à long terme, accompagnée de quelques gestes concrets et de la création d’un forum dans lequel les diplomates pourront travailler sur les détails.
Il n’empêche que Kim n’en reste pas moins un monstre totalitaire à qui on ne peut pas faire confiance, et que Trump est toujours une véritable poire, plus impressionné par les limousines et les tapis rouges qu’il n’est raisonnable de l’être pour un adulte digne de ce nom.
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Les deux chefs d’Etat se sont engagés à une dénucléarisation complète de la péninsule coréenne, tout en garantissant la sécurité de la Corée du Nord.
LE MONDE | 12.06.2018
Pas de percée majeure sur l’arsenal nucléaire nord-coréen, mais plusieurs poignées de mains et une bonne entente affichée. Après cinq heures de discussions, d’abord en tête à tête puis en compagnie d’une partie de leur délégation, le président des Etats-Unis, Donald Trump, et le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, ont signé, mardi 12 juin, un document commun devant les caméras du monde entier.
Les deux hommes se sont ensuite exprimés pour détailler les résultats de ce sommet inédit, organisé à Singapour, alors que de nouvelles discussions devraient avoir lieu dès la semaine prochaine entre Washington et Pyongyang.
Le point sur ce qu’il faut retenir des annonces à l’issue de ce sommet historique.
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Donald Trump et Kim Jong-un ont répété l’engagement pris par le dirigeant nord coréen, à la fin d’avril à la Maison Blanche, de « travailler à une complète dénucléarisation de la péninsule coréenne ». La dénucléarisation va commencer « très rapidement », a précisé le président états-unien. « Nous avons signé un document global, très exhaustif. Et je pense que ce document nous mènera à la dénucléarisation. Je pense que [Kim Jong-un] va engager le processus tout de suite, dès qu’il va atterrir en Corée du Nord. »
Le document ne mentionne toutefois pas l’exigence américaine de « dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible », une formule qui signifie l’abandon des armes et l’acceptation d’inspections. Donald Trump a cependant affirmé que ce processus serait vérifié, ce qui impliquera, selon lui, « beaucoup de monde en Corée du Nord ».
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Lors d’une discussion de plus d’une heure avec des journalistes, peu après le départ de Kim Jong-un pour Pyongyang, le président américain n’a pas été en mesure de donner de précisions sur un calendrier du démantèlement des installations nucléaires en Corée du Nord. Les discussions pour sa mise en œuvre doivent commencer dès la semaine prochaine sous la houlette du chef de la diplomatie des Etats-Unis, Mike Pompeo.
Donald Trump a également affirmé que Kim Jong-un lui avait dit qu’un site d’essai balistique « allait être détruit très prochainement ».
Le président états-unien a annoncé qu’il mettrait fin aux exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud, une concession de taille vis-à-vis de Pyongyang. Le gel de ces manœuvres, décrites comme « très provocatrices » à l’égard du Nord et sources de tensions récurrentes, était une exigence ancienne de la Corée du Nord.
« Alors que nous sommes en train de négocier un accord global, très complet, je crois qu’il n’est pas approprié d’avoir des exercices militaires », a dit M. Trump à Singapour. Il a souligné que l’arrêt de ces exercices permettrait d’« économiser beaucoup d’argent ». Ces exercices seront relancés si les futures négociations avec Pyongyang ne se déroulent pas comme prévu, a-t-il toutefois averti.
La présidence sud-coréenne a déclaré ne pas avoir été prévenue de l’arrêt de ces manœuvres. « Nous devons établir le sens précis ou les intentions contenues dans les remarques du président Trump », a réagi un porte-parole.
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Le document ne mentionne pas les sanctions ni la conclusion finale d’un traité de paix, alors que les deux Corées sont toujours techniquement en état de guerre depuis leur trêve signée en 1953. Donald Trump a affirmé qu’il mettrait fin aux sanctions à l’encontre de la Corée du Nord lorsque « la menace nucléaire sera complètement abandonnée ».
La présence militaire américaine dans la péninsule ne devrait pas décroîtredans l’immédiat, même si le président a réaffirmé son souhait de retirer, le moment venu, les soldats américains déployés en Corée du Sud.
Pour convaincre la Corée du Nord de renoncer à son arsenal nucléaire, que le régime a toujours considéré comme une forme d’assurance-vie, Donald Trump s’est formellement et personnellement engagé dans le document conjoint à apporter des « garanties de sécurité ». Elles seront « uniques » et « différentes » de celles proposées jusqu’ici, a promis Mike Pompeo.
Les Etats-Unis et la Corée du Nord s’engagent, dans le document signé, à restituer les restes des prisonniers de guerre et des portés disparus au combat, avec un « rapatriement immédiat » de ceux déjà identifiés. Il s’agissait d’une demande ancienne de la part des Coréens.
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