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1 https://wordpress.org/?v=6.9.4Souleymane Bachir Diagne : « Un véritable projet fédéraliste ne peut se réaliser qu’entre nations démocratiques »
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Annoncée lors du sommet de Montpellier en 2021, la Fondation de l’innovation pour la démocratie a été lancée le 8 octobre dernier à Johannesburg. Une nécessité pour restituer aux idéaux comme celui du panafricanisme leur signification, selon son président.
Mis à jour le 23 octobre 2022 à 16:27
Par Souleymane Bachir Diagne
Philosophe sénégalais, professeur de langue française et directeur de l’Institut d’études africaines à l’Université Columbia, New York
La Fondation de l’innovation pour la démocratie est née en tant qu’association africaine, en Afrique du Sud, selon le droit de ce pays, et le conseil d’administration dont elle s’est dotée m’a fait l’honneur de m’élire président. Sa mission, comme le dit la toute première phrase du préambule de sa Constitution, est d’être pour la démocratie en Afrique [1]. Qu’est-ce à dire ?
Loin de l’illusion lyrique
L’urgence, aujourd’hui, d’être pour la démocratie en Afrique n’est pas autre que celle d’être pour la démocratie dans le monde, en général. Il ne s’agit pas d’apporter la démocratie à ce continent, mais d’accompagner la puissance d’invention démocratique qu’elle porte, en pensant sa situation comme partie et reflet de celle où se trouve le monde. Cette situation nous commande de nous aviser que la démocratie est mortelle, et d’agir en conséquence.
Nous sommes loin de l’immédiat après-1989, l’année de la chute du mur de Berlin. Loin dans le temps mais, surtout, bien loin de l’illusion lyrique qui avait pu faire croire que le monde se dirigeait irrésistiblement vers un avenir démocratique même si, ici où là, il restait du chemin à faire.
Il y avait bien sûr des raisons d’espérer partout, et sur le continent africain en particulier : les Conférences nationales qui donnèrent naissance à d’heureuses transitions démocratiques portaient une promesse qui fut célébrée par le philosophe Fabien Eboussi-Boulaga comme une « affaire à suivre ».[2]
Déclin démocratique
Et aujourd’hui ? Voici comment Varieties of Democracy, le fameux institut indépendant américain V-Dem qui étudie les évolutions de la démocratie partout dans le monde, s’exprime dans son rapport annuel 2022 : « Comme beaucoup d’autres observateurs dans le monde, nous sommes profondément préoccupés par le déclin de la démocratie. »
Déclin… Dans bien des vieilles démocraties, des partis dont la généalogie et la rhétorique plongent leurs racines dans des traditions fascistes, se voient solidement installés dans les Parlements ou portés au pouvoir par les urnes. Des pouvoirs illibéraux ou simplement autoritaires montrent le peu de cas qu’ils font des principes et des institutions démocratiques, et affichent leur certitude d’avoir raison contre l’idéal que ces principes traduisent.
Crise de l’initiative
L’Afrique de l’Ouest, quant à elle, vit des coups d’État militaires qui représentent un retour à une époque que l’on pensait révolue. L’adhésion que ces partis, ces régimes suscitent, le succès des populismes, surtout auprès des jeunesses, est le signe le plus alarmant de ce déclin qui préoccupe l’institut V-Dem. Le désenchantement démocratique illustre cette crise que Césaire considérait comme la pire de toutes : la crise de l’initiative.
Promouvoir la démocratie en Afrique consistera à opposer au scepticisme et au désenchantement la volonté d’initiative et l’ouverture continue des possibilités. Il s’agira de redonner du sens et de restituer aux idéaux comme celui du panafricanisme leur signification.
On le sait, l’idéal panafricain est d’abord né dans le monde dit « nouveau » comme la volonté et le désir de la diaspora africaine de s’incorporer au devenir du continent et au mouvement de son émancipation. Lorsqu’au congrès de Manchester de 1945 – le dernier à se tenir hors d’Afrique –, le témoin a été symboliquement passé à Kwame Nkrumah, le projet, inlassablement poursuivi par le premier président du Ghana, est devenu aussi celui de continentaliser la volonté de construire les États-Unis d’Afrique du Caire au Cap, de Dakar à Djibouti.
Poursuivre ces buts reste la tâche d’aujourd’hui, et elle s’accomplira dans la démocratie. Un projet d’union, un véritable projet fédéraliste au niveau régional ou continental, ne peut se réaliser qu’entre des nations démocratiques en mesure de se donner des institutions communes qui les obligent. Parmi les critères de convergence sur lesquels s’édifient aujourd’hui les ensembles régionaux africains, le plus important demeure la convergence démocratique.
Remonter la pente
Contre le déclin, rappeler que la démocratie est synonyme de possibilités est une urgence. Certes, il faut retenir l’avertissement contenu dans le mot de Winston Churchill selon lequel il s’agit du pire des régimes à l’exclusion de tous les autres. Mais il faut entendre par là que la démocratie n’est pas la promesse de lendemains qui chantent, et qu’elle ne porte pas par elle-même, immédiatement, la sécurité et le développement. Elle est un travail continu pour construire et parfaire la société ouverte dont la cité humaine est l’horizon. Voilà pourquoi elle a pour elle la force de regarder vers l’avenir, de croire que le monde va vers sa jeunesse, et ainsi de toujours remonter la pente du déclin.
Sur le point de visée de la cité humaine, l’Afrique du Sud de Nelson Mandela et de Desmond Tutu a donné au monde la leçon que porte le concept d’ubuntu : réaliser ensemble notre commune humanité. Il indique l’esprit dans lequel nous célébrons aujourd’hui le lancement de la Fondation de l’innovation pour la démocratie.
[1] Ce texte est une traduction augmentée de l’allocution en anglais que j’ai donnée le 6 octobre pour le lancement de la Fondation de l’innovation pour la démocratie.
[2] F. Eboussi-Boulaga, Les conférences nationales en Afrique noire. Une affaire à suivre, Paris, Karthala, 1993.
Alors que Bernard Pivot a annoncé mardi quitter la prestigieuse Académie Goncourt, il était samedi l’invité de l’émission « C’est arrivé demain ». Il se confie sur ses futures lectures et relectures au micro de Patrick Cohen.
Le journaliste de 84 ans, connu pour avoir animé chaque vendredi soir l’émission littéraire Apostrophes entre 1975 et 1990, ne consacrera plus ses étés à lire entre 50 et 70 romans pour le Goncourt. Désormais, il va pouvoir lire et relire des livres pour le plaisir mais il ne changera pas ses habitudes de lecture pour autant. Car Bernard Pivot ne lit « jamais allongé, ni couché, ni au bord de la mer ». « Je suis devant une table », précise-t-il. « Je peux prendre un livre et puis prendre des notes. Sans confort. » Selon le journaliste, pour lire, « il faut avoir le cul bien stable et plutôt sur du dur ».
Bernard Pivot va enfin pouvoir relire les classiques de la littérature française, ce qu’il n’a jamais pu faire jusqu’à présent : « J’ai jamais relu. J’ai jamais eu le temps ! Comment vous voulez que je fasse ? Maintenant, je vais relire Huysmans, je l’ai pas beaucoup lu. Comme il sort dans la Pléïade, je vais en profiter et l’emporter à Noël ».
« Cela fait 50 ans que je n’ai pas mis le nez dans un livre de Chateaubriand »
Pour le plaisir, le journaliste va également relire Chateaubriand. « Cela fait 50 ans que je n’ai pas mis le nez dans un livre de Chateaubriand. Les Mémoires d’outre-tombe, est-ce que ça va me tomber des mains ou est-ce qu’au contraire ça va me plaire ? », se demande Bernard Pivot. Il en profitera également pour lire des écrivains qu’il ne connait pas bien comme le poète Patrice de La Tour du Pin. « Tout le monde en parlait dans les années 70 et finalement je ne l’ai jamais lu. Et je me suis toujours dit ‘c’est une faute professionnelle mon pauvre Bernard !’. Mon bonheur, c’est aussi de prendre un volume de Voltaire dans la Pléïade puis lire la correspondance de Voltaire. C’est un bonheur de lire ses lettres. », explique-t-il.
Pour Bernard Pivot, « ce qui est important, c’est l’écriture. L’écriture de Jean-Louis Hue quand il raconte la pluie, l’écriture de Houellebecq, certains n’aiment pas mais elle est intéressante et originale ». Il note aussi l’écriture de Jean-Paul Dubois, Prix Goncourt 2019, « formidable ». Et celle d’Amélie Nothomb, dans son livre qui s’intitule Soif : « elle a trouvé une manière de faire dire à Jésus des paroles qui sentent un peu le soufre mais c’est remarquablement écrit », constate le journaliste.
Le 23 janvier, 2019 La romancière sénégalaise Aminata Sow Fall, 77 ans, est l’une des auteures majeures de la littérature francophone. Dans ses romans, traduits dans plusieurs langues, elle scrute les travers de la société sénégalaise, à travers les abus des puissants et les stratégies de survie des pauvres. Parmi ses œuvres les plus célèbres, on peut citer La Grève des bàttu, porté au cinéma par Cheikh Oumar Sissoko en 2000 et présélectionné pour le Goncourt 1979. Dans un entretien au Monde Afrique, elle revient sur quarante ans d’écriture.
Commentaire d’un lecteur sur SENEWEB (Feutré.J’avoue lire ce genre d’article une fois les dix ans.Ici on apprend avec le plaisir.C’est limpide, de bons conseils.les chiffons habituels de la presse écrite sénégalaise devraient s’inspirer de cet article qui une leçon entière d’écriture et de rédaction….)
Voici l’intégralité du texte de Monsieur Samb, Conseiller technique du Premier ministre :
Il est rare par les temps qui courent, de lire à travers nos journaux, des textes qui ne soient pas résolument axés sur la politique. Dans le mauvais sens s’entend ! Le texte de Monsieur Baba Gallé Diallo publié à la page 10 du journal « Dakar-Times » du lundi 4 juin 2018, « L’Etat doit revoir la rédaction du communiqué du Conseil des ministres » nous sort de l’ordinaire, en développant un ensemble de considérations grammaticales qu’il indique comme relevant du bon usage de la langue française et avec lesquelles ce communiqué ministériel serait en porte-à-faux.
Je tiens ici à lui dire mon plaisir à lire des passages de son texte me rappelant des pratiques de cours tout au long des 35 ans consacrés à la matière. Sans polémique aucune, nous tenons, courtoisement, à lui apporter les quelques éléments que voici.
Quand Monsieur Diallo affirme, entre autres, non sans le déplorer que « depuis un certain temps le communiqué du conseil des ministres a profondément changé dans sa forme. En effet, il est marqué par une utilisation abusive du présent de l’indicatif, rendant sa compréhension difficile et déroutante pour la majorité des Sénégalais », notre premier réflexe est de nous étonner positivement de ce qu’un compatriote réclame à l’Etat davantage de clarté formelle dans l’information qui édifie sur l’état des lieux des différents chantiers de la construction nationale.
J’ai dit « entre autres » car dans la même veine, sont alignées quelques considérations complémentaires que je pourrais qualifier « d’éclairages succincts » sur l’emploi du temps présent au mode indicatif. Cette affirmation appelle les remarques suivantes :
La polyvalence temporelle de sa propre expression « Depuis un certain temps » aurait dû, à mon sens, le rendre un peu plus circonspect dans la critique qu’il sert au gouvernement. L’expression « Depuis un certain temps » exprime – t- elle le présent ou le passé ou même le futur ?
Si le constat qu’il fait a débuté avant le présent du « hic et nunc », force est de reconnaître que ce présent est enrobé de passé et il « irrupte » dans le futur puisque de changements notoires dans la rédaction des communiqués au présent de l’indicatif, M. Ba n’en note guère. C’est la raison pour laquelle, le passé s’achève dans le présent qui le prolonge et le futur naît dans le présent qui l’engendre ! C’est dire la grande minceur qui sépare, au niveau de la chronothèse, l’accompli, l’accomplissement et l’inaccompli. Le présent de l’indicatif, en dehors des axes paradigmatiques et syntagmatiques qui lui sont propres, exprime le futur comme il peut exprimer le passé.
-J’arrive de Dakar demain à 15h. Ce présent est un futur.
-Cet homme boit beaucoup malheureusement. Ce présent est un passé.
De sorte que le présent est la forme au moyen de laquelle le locuteur ou le narrateur exprime tout ce qui constitue son actualité, tout ce qui s’y rattache. Certes, cette actualité peut être étroite, momentanée lorsqu’elle coïncide avec l’instant où le locuteur parle.
Mais les exemples cités ci-dessus, prouvent qu’on peut actualiser par la force de la mémoire ou de l’imagination des choses passées ou à venir, qui s’expriment alors au présent.
Le plus surprenant est que ces valeurs d’emploi du présent de l’indicatif ne vous sont pas inconnues M. Ba. Vous en énumérez quelques-unes en affirmant : « ainsi, on distingue plusieurs valeurs du présent de l’indicatif selon le contexte et selon la raison pour laquelle il est employé parmi lesquelles il faut distinguer : » et vous voilà parti dans l’énumération laquelle, même non exhaustive, n’en provoque pas moins une question :
Si M. Ba sait tout cela, pourquoi s’insurge-t-il contre la rédaction du communiqué du Conseil des ministres qui userait plus qu’il ne faut selon lui du présent de l’indicatif ? En quoi cela gêne-t-il d’employer le mode et le temps désinentiel les plus accessibles ? Les plus simples ? Mieux, le communiqué du Conseil des ministres dites-vous est une « réunion constitutionnelle ». Vous devriez ajouter au cours de laquelle le Président de la République prend la parole.
Cette parole du Président se décline au présent de l’indicatif puisqu’elle est directive, elle est instruction sans être comminatoire. Elle ne peut prêter à confusion encore moins faire l’objet d’une contestation. C’est ce contexte de non équivocité du propos présidentiel qui lui confère cette qualité d’être encodé au mode indicatif qui, comme son nom ne le dit pas, INDIQUE, ORDONNE et INSTRUIT. Quel meilleur temps pour le dire si ce n’est le présent de l’indicatif, qui répond alors parfaitement à sa valeur d’emploi nodale : indiquer une réalité ! Le propos du Président ne se cale sur des chimères mais indique bien la voie des solutions à prendre. Pour quoi le présent de l’indicatif !
Mais le passage qui m’interpelle le plus est celui dans lequel M. Ba donne l’exemple que voici, pour très sérieusement s’en offusquer. Je le cite : « …le chef de l’Etat décide d’engager… » « La conjugaison au présent de ce verbe rime-t-elle à quelque chose ? Ce présent de l’indicatif n’a ni la valeur de vérité générale ni la valeur d’un présent de narration » (fin de citation).
M. Ba exclut derechef toutes autres valeurs d’emploi du présent de l’indicatif en dehors des deux valeurs qu’il cite cependant qu’il existe bel et bien une foultitude de valeurs d’emplois de ce présent. On en dénombre au moins dix-sept (17) ! Pas moins ! Que dire par exemple du présent de l’indicatif qui exprime une hypothèse ? Exemple : « S’il vient, nous commençons/commencerons. »
Il y a aussi que M. Ba se trompe me semble-t-il de verbe quand il ne limite le prédicat qu’au seul vocable de « décide ». Le verbe dans ce syntagme est bel et bien « DECIDE D’ENGAGER ». Ce groupe verbal est différent en signification de chacun des trois éléments qui le composent. Si bien que le temps intérieur de ce verbe ou ce que l’on nomme l’aspect du verbe qui n’a rien à voir avec le temps désinentiel ou temps extérieur, colle parfaitement avec l’indicatif présent lequel, soit dit en passant, engendre un futur qui lui est consubstantiellement lié, qui fait corps avec lui, qui lui est sous-jacent, implicite.
Or donc nous voici momentanément arrivé au terme de cette discussion qui répond à celle d’un compatriote qui signe son texte par « Vive le Sénégal » ! Il importe que je signale ce fait de plume comme il importe aussi que je rappelle à cet amoureux de la langue de Malherbe, que les communiqués du Conseil des ministres depuis Senghor sont rédigés avec une nette prédominance du présent de l’indicatif qui les traverse de part en part et de régime en régime !
Si à la question latine du « quid novi ? » je devais répondre à M. Ba sur le « lièvre » qu’il soulève, je lui réponds « nihil novi ».
Vive le Sénégal !
Lamine SAMBE,
Conseiller Technique du Premier Ministre
chargé de la Culture et des Questions Littéraires.
Francophonie en « guerre culturelle » : la liberté de choisir
Face à l’ébullition de la scène intellectuelle francophone ces dernières semaines, notamment après les prises de position d’Alain Mabanckou, Abdourahman Waberi et Achille Mbembe, le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne plaide au nom d’une francophonie qui permet de choisir, et de faire communauté.
Tribune. La francophonie est dans une grande agitation. Motif ? Les déclarations, à la veille de la Conférence internationale pour la langue française et le pluralisme dans le monde, d’Alain Mabanckou, d’Abdourahman Waberi et d’Achille Mbembe, qui ont mis en garde le président Emmanuel Macron contre le concept de « francophonie », qui serait à l’origine un « appareil idéologique » à part entière de l’impérialisme français.
Rappelant néanmoins qu’Emmanuel Macron a confié à une écrivaine franco-marocaine, Leïla Slimani, la mission de traduire une vision ouverte et pluraliste de ce que doit devenir le français, l’hebdomadaire britannique The Economist n’hésite pas à parler de « guerres culturelles ».
Diantre ! Personne, cependant, à ma connaissance, n’a adopté la posture radicale de rupture de Ngugi Wa Tiong’o : on reste entre interlocuteurs qui parlent la même langue à défaut de parler le même langage.
Faut-il avoir honte de son amour de la langue ?
Lorsqu’on est l’un des maîtres de la langue, lui déclarer sa flamme, quoi de plus normal ?
Je voudrais évoquer ma rencontre avec Ngugi Wa Thiong’o, en 1984, lorsqu’il était professeur en visite à l’université de Bayreuth, en Allemagne, où je fus moi-même invité pour quelques semaines.
J’eus ainsi le privilège d’entretenir avec le célèbre auteur kényan des échanges qu’il a évoqués dans l’introduction du livre qu’il écrivait alors et qui fut publié deux ans plus tard sous le titre Decolonizing the Mind : the Politics of Language in African Literature.
Nous parlions de Marx et d’Althusser, mais, surtout, beaucoup de Léopold Sédar Senghor, de son amour pour la langue française et du rôle que le poète sénégalais avait joué dans la création de la francophonie institutionnelle.
Ngugi, à qui je traduisais en anglais les différents passages des écrits de Senghor dans lesquels il déclarait avec effusion son amour du français, se demandait comment on pouvait dire tant de douceurs de la langue qui vous a colonisé.
Je m’amusais beaucoup des indignations de l’écrivain kényan devant un Senghor qui, parlant d’une langue qu’il avait, selon son expression, « mâchée et enseignée », disait que ses premiers contacts avec elle avaient un goût de « confiture » et de « chocolat ».
Mais, surtout, tout en comprenant et en partageant l’engagement de Ngugi à défendre et (aussi, dirais-je quant à moi) à illustrer les langues nées en Afrique, je trouvais pour ma part tout à fait naturel également que Senghor parlât du français sur le ton du dithyrambe.
Lorsqu’on est l’un des maîtres de la langue que l’on sait si bien faire chanter, lui déclarer sa flamme comme on le fait à chaque vers que l’on compose, quoi de plus normal ? De ce qu’il aimât la langue française et qu’elle le lui rendît bien en ayant fait de lui l’un des plus grands poètes d’expression française de son siècle, fallait-il donc « avoir honte », pour reprendre une question que Senghor lui-même a posée, comme s’il répondait à Ngugi ?
Justement, voilà un des motifs de la querelle que font Mabanckou, Waberi et d’autres écrivains au mot « francophone » : dire, pour parler d’un auteur, « poète de la langue française » n’est pas la même chose que l’appeler « poète francophone », une expression qui enferme et réduit, quelque majeur que soit le poète en question.
La responsabilité des penseurs
Mais, par ailleurs, il est vrai qu’aujourd’hui, dans les universités américaines, « francophonie » se définit aussi comme la manière de nommer ce monde qui imagine et crée en français, dont l’Hexagone n’est pas le centre mais une province, et ce sont les études dites « francophones » où, en plus des auteurs classiques comme Senghor ou Césaire, l’on lit Tanella Boni ou Boubacar Boris Diop (en wolof même dans certains cas !), Léonora Miano et Véronique Tadjo, où l’on discute Paulin Hountondji ou Achille Mbembe, qui attirent au moins autant sinon davantage les étudiants que ce qui s’enseigne traditionnellement en France sous le nom de « lettres françaises ».
Cela dit, il faut préciser que, en des lieux importants comme la Sorbonne, l’École normale supérieure ou Créteil, l’ouverture pluraliste de ces lettres s’affirme aujourd’hui et se développe. Ngugi Wa Thiong’o a raison : il est de la responsabilité des penseurs, créateurs et artistes africains de développer les langues du continent comme langues de science et de création.
Et Senghor, il faut le rappeler, tout chantre de la francophonie qu’il était, a lui aussi exalté, et depuis ses toutes premières interventions, le bilinguisme, la capacité de vivre, penser et créer dans plus d’une langue.
La francophonie institutionnelle a fait le choix radical de ne plus se définir défensivement comme le village gaulois assiégé
Justement, la francophonie institutionnelle a fait le choix radical de ne plus se définir défensivement comme le village gaulois assiégé mais comme une ouverture pluraliste, à l’extérieur, contre un monde où l’on n’aurait guère le choix d’une autre langue de la recherche et de la science, de la diplomatie et des sports que l’anglais, mais aussi à l’intérieur, en se sachant une langue parmi d’autres qui habitent également l’espace francophone et doivent aussi se développer.
Faire communauté
Simple intention ? Vœu pieux ? Je crois qu’il faut y voir au contraire un chantier et une tâche à accomplir. Et, plutôt que de soupçonner quelque ruse impériale, s’aviser qu’il est de la responsabilité des intellectuels et créateurs eux-mêmes, vis-à-vis de ces langues qu’ils habitent également, de faire en sorte que la francophonie signifie aussi le développement du créole, du wolof, du lingala : le cahier de doléances sur cette question n’est à présenter à personne d’autre que nous-mêmes. Ainsi ferons-nous de la francophonie la liberté de choisir.
Achille Mbembe et Alain Mabanckou ont raison. S’il faut accomplir l’acte de foi de croire qu’avoir une langue en partage, cela doit faire communauté, il faut le rappeler à ceux qui décident du sens des mots.
Communauté, cela s’oppose aux ethnonationalismes, aux tribalismes et aux murs. Une communauté qui donne sens à la recherche en français, au partenariat en français, à la science et à l’imaginaire en français, c’est une communauté continuellement créée par la mobilité sans entrave dans l’espace qu’elle se donne. Le francophone est migrant.
Par Souleymane Bachir Diagne Philosophe sénégalais, professeur de langue française à l’Université Columbia, New York
Auteur: Par Souleymane Bachir Diagne – Jeune Afrique
Le 27 mai 1894 naissait Louis-Ferdinand Céline, de son vrai nom Louis Destouches, l’écrivain le plus polémique de la littérature française du XXe siècle. Dans cette lettre qu’il adresse à François Mauriac, l’auteur n’a pas quarante ans. Pour l’instant, il n’a publié que Voyage au bout de la nuit, quelques mois auparavant. Une lettre finement ciselée, révélatrice d’un choc des cultures.
Monsieur,
Vous venez de si loin pour me tendre la main qu’il faudrait être bien sauvage pour ne pas être ému par votre lettre. Que je vous exprime d’abord toute ma gratitude un peu émerveillée par un tel témoignage de bienveillance et de spirituelle sympathie.
Rien cependant ne nous rapproche, rien ne peut nous rapprocher : vous appartenez à une autre espèce, vous voyez d’autres gens, vous entendez d’autres voix. Pour moi, simplet, Dieu c’est un truc pour penser mieux à soi-même et pour ne pas penser aux hommes, pour déserter en somme superbement.
Vous voyez combien je suis argileux et vulgaire !
Je suis écrasé par la vie, je veux qu’on le sache avant d’en crever, le reste je m’en fous, je n’ai que l’ambition d’une mort peu douloureuse mais bien lucide et tout le reste c’est du yoyo.
Bien sincèrement je vous prie,
Destouches Céline.
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https://www.coupdegriffeactu.com/2017/07/13/chine-liu-xiaobo-nobel-de-la-paix-mort-sans-avoir-vu-son-prix/
https://www.coupdegriffeactu.com/2017/07/13/chine-liu-xiaobo-nobel-de-la-paix-mort-sans-avoir-vu-son-prix/#commentsThu, 13 Jul 2017 22:52:04 +0000http://www.coupdegriffeactu.com/?p=5893RÉCIT
Photo non datée du poète Liu Xiaobo, avec sur l’épaule une poupée réalisée par son épouse, la photographe et plasticienne Liu Xia. Photo Liu Xia. DPA
Le poète et essayiste, emprisonné depuis 2009 en Chine, est mort d’un cancer du foie jeudi. Une voix pacifiste étouffée jusqu’au dernier souffle par le régime.
Chine: Liu Xiaobo, Nobel de la paix mort sans avoir vu son prix
Une chaise vide pour toujours. Dans l’histoire, seuls deux prix Nobel de la paix sont morts en captivité sans avoir pu recevoir leur récompense. Le journaliste allemand Carl von Ossietzky, en 1936, interné en camp de concentration par les nazis avant de mourir à l’hôpital. Et le poète chinois Liu Xiaobo, qui purgeait en 2010 une peine de onze ans de prison pour «subversion du pouvoir de l’Etat». Sa femme ayant été interdite de faire le voyage en Norvège, le prix avait été posé sur une chaise vide. Un geste fort qui, pensait-on, allait aider à sa libération. Mais Liu Xiaobo est mort ce jeudi, à 61 ans, d’un cancer du foie, extrait in extremis de sa cellule pour une chambre d’hôpital sous haute surveillance. Pourtant, il n’était ni un dangereux terroriste, ni un opposant prêt à prendre les armes pour renverser le pouvoir. C’était un poète, essayiste et critique littéraire qui croyait que la société civile, avec des moyens légaux, pouvait desserrer la chape de plomb que le Parti communiste chinois fait peser sur un cinquième de la population mondiale.
«Cheval noir»
Il est né le 28 décembre 1955, d’un père professeur, qu’il disait sévère et brutal. Lorsque Mao envoie les intellectuels, la «neuvième catégorie puante», se «rééduquer à la campagne», l’adolescent suit sa famille dans les steppes de Mongolie intérieure. Déscolarisé comme tous les jeunes de sa génération, il se passionne pour Nietzsche et Kafka. A la fin de la Révolution culturelle, en 1976, les universités rouvrent et Liu, alors ouvrier dans le bâtiment, réussit l’examen d’entrée à l’université de Pékin, étudie la littérature et devient professeur de philosophie.
Il fréquente les salons poétiques mais méprise le petit cercle d’écrivains pékinois, qu’il trouve imbus d’eux-mêmes et dociles avec le pouvoir. En 1986, dans son article Crise!, il dégomme un par un ses pairs d’une plume acerbe et brillante : «La plupart des auteurs […] exhibent la pauvreté de leur imagination artistique par manque d’une force de création ancrée dans l’impulsion de la vie elle-même», «Liu Shaotang est le chantre d’idylles pastorales d’un laboureur et d’une tisserande dont la simplicité est si classique qu’elle est déjà rouillée.» En 1988, il faut un amphithéâtre pour accueillir tous ceux qui viennent écouter le «cheval noir» de la scène littéraire soutenir sa thèse. Marie Holzman, qui a traduit et lu ses textes, explique son succès : «Il était iconoclaste et véhément, ce qui est rare en Chine, et renouait avec la tradition littéraire du 4 mai 1919, celle qui voulait secouer la poussière de quelques siècles d’empire confucianiste.»
En tenailles à Tiananmen
Invité à l’étranger, il passe trois mois en Norvège puis est en stage à l’université de Columbia, à New York, quand, en 1989, les étudiants chinois descendent pacifiquement dans la rue réclamer plus de liberté.«Liu Xiaobo était un peu déçu par le côté pépère et bourgeois des Occidentaux. Il avait en lui une soif d’absolu, un sens de la mission. Mais aussi une force de conviction étonnante pour un bègue, un courage exceptionnel et de grands talents d’organisateur», raconte son ami Michel Bonnin. Le jeune enseignant s’enthousiasme pour le mouvement et décide de rentrer à Pékin. Il a 33 ans et passe son temps sur la place Tiananmen avec ses étudiants, les conseillant et les morigénant. «Liu Xiaobo m’a raconté avoir été surtout touché par le rôle de la population, qui a soutenu profondément les jeunes et les intellectuels, allant jusqu’à descendre dans la rue pour bloquer les camions», se souvient l’historien. Le 2 juin, pour tenter de repousser la fin sanglante qui s’annonce, il lance une grève de la faim avec un chanteur célèbre, Hou Dejian. La nuit du 3 au 4 juin, alors que l’armée prend en tenailles la place Tiananmen, Liu et Hou se font négociateurs, et convainquent les jeunes de quitter la place avant le début du massacre.
Comme tant d’autres, Liu Xiaobo est emprisonné. Depuis sa cellule, il répond à une interview de la télévision chinoise, où il dit qu’il n’y a pas eu de morts sur la place Tiananmen. «C’était vrai, en partie grâce à lui,précise Michel Bonnin. Mais il y a eu des centaines de morts tout autour, les tanks écrasaient les gens, les soldats tiraient au fusil-mitrailleur. Ses propos ont été manipulés, et il se l’est reproché toute sa vie. A partir de là, il a été déterminé à ne plus se laisser avoir. Et à vivre dans la vérité.» Son modèle est Václav Havel, dramaturge tchécoslovaque, opposant antisoviétique élu Président après la «révolution de velours», en 1989. Marie Holzman cite un de ses articles : «Je me moque que vous m’appeliez traître ou patriote. Si vous dites que je suis un traître, je le suis. Je suis le fils ingrat qui déterre les tombes de ses ancêtres, et j’en suis fier.»
La philosophie du porc
Lorsqu’il est libéré un an et demi après, l’intellectuel arrogant a disparu. Sa première femme a demandé le divorce, il voit peu son fils. Interdit d’enseigner et de séjourner à Pékin, il vit clandestinement dans la capitale et publie ses articles et poèmes à l’étranger, aux Etats-Unis ou à Hong Kong, en utilisant ce qu’il appelle «les zones grises de la liberté»pour faire passer ses idées. «C’était un fin analyste du système politique chinois, explique Jean-Philippe Béja, qui a publié en 2011 sous le titre la Philosophie du porc un recueil de ses articles. Ce n’était pas un radical, même s’il exprimait ses idées de manière radicale. Il était convaincu que le développement de la société civile finirait par éroder le pouvoir du Parti et aboutir à la démocratie. Mais pour cela, il fallait que les Chinois ne succombent pas à ce qu’il appelait la « philosophie du porc », c’est-à-dire la frénésie de consommation.» Chaque 4 juin, en mémoire de Tiananmen, Liu Xiaobo écrit un poème. «Ces textes sont très impressionnants, ils tournent autour du même thème et pourtant sont tous très originaux. C’était un grand poète», se désole Marie Holzman.
En 1989, Liu Xiaobo est tombé amoureux de Liu Xia, poète, photographe, peintre, de cinq ans sa cadette. Une histoire puissante et tragique, qui durera près de trois décennies. Ils se marient en 1998 dans le camp de travail où a été envoyé Liu. Sur son ordinateur, Michel Bonnin fait défiler les photos des moments passés avec eux dans les rares époques de liberté, lui avec un tee-shirt rigolo, elle pétillante. Tous deux sont soumis à une surveillance constante, les conversations enregistrées, le courrier lu. «Une fois, on est allés au restaurant. Aussitôt, cinq ou six hommes se sont assis à la table à côté pour écouter. Il était habitué», se rappelle Michel Bonnin.
Dix mille signatures
Alors que le «printemps de Pékin» disparaît de la mémoire collective chinoise, étouffé par une censure impitoyable, Liu Xiaobo compte sur Internet pour faire circuler les idées. En 2008, l’année des JO de Pékin, il participe à la rédaction d’une pétition, la Charte 08, inspirée de la Charte 77 de Václav Havel. Le texte demande que les libertés de parole, de presse, d’association et de manifestation inscrites dans la Constitution chinoise soient respectées. Lorsque le texte apparaît, il est déjà signé par 300 personnes. Dix mille autres le signeront en trois mois. Plus que le contenu, plutôt modéré, c’est le fait que Liu Xiaobo ait pu coordonner un tel mouvement qui le conduit à sa perte. En 2009, après une parodie de procès de deux heures, il est condamné à 11 ans de prison pour ce que la presse chinoise nomme encore aujourd’hui «des activités destinées à renverser l’Etat».
«Il a été arrêté car il était capable de faire la liaison entre les diverses générations de dissidents, et avait de très bonnes relations avec les vieux dirigeants du Parti qui n’ont pas digéré le massacre du 4 juin, analyse Jean-Philippe Béja. L’exemple de l’Union soviétique et de l’Europe centrale et orientale a montré au pouvoir chinois que tout défi peut aboutir à sa chute. Dès qu’une personnalité qui pourrait fédérer les oppositions disparates apparaît, il n’hésite pas à utiliser tous les moyens pour l’empêcher de nuire et effrayer les candidats à sa succession.»
L’année suivante, Liu Xiaobo se voit décerner le prix Nobel de la paix. La Chine qualifie d’«obscénité» le choix d’un «criminel» et rompt ses relations avec la Norvège – les deux pays ne se sont reparlés que cet hiver. Les conditions de détention se font plus dures, et Liu Xia, qui faisait le lien entre le prisonnier et ses amis, est placée en résidence surveillée, en toute illégalité. Son isolement est si intense qu’elle tombe dans une profonde dépression. Le prix Nobel de la paix est enseveli sous une chape de silence. Durant huit ans, même son vieil ami Jean-Philippe Béja n’obtient que de rares nouvelles, et toujours de manière indirecte.
Badminton et examens
Soudain, à la fin du mois de juin 2017, Liu Xia apprend en même temps que le monde entier que son mari est hospitalisé depuis un mois, en phase terminale d’un cancer du foie. Pour démontrer que le patient, pourtant censé être en liberté pour raisons médicales, n’a pas besoin d’aller à l’étranger, les autorités chinoises diffusent un montage cynique d’images d’archives de vidéosurveillance, où on le voit jouer au badminton et recevoir des soins de routine. Quelques jours plus tard, devant l’insistance de la communauté internationale, elles déclarent qu’il est «intransportable». Un diagnostic contredit par les médecins allemand et américain envoyés à son chevet.
«Chaque personne naît avec les droits intrinsèques à la dignité et à la liberté» affirmait la Charte 08. Jusqu’à sa mort, Liu Xiaobo, poète révolté mais pacifique, en aura été privé. Dans un acharnement que l’on peine à qualifier, le gouvernement chinois s’est opposé à son souhait de se faire soigner en Allemagne. Une des dernières images de lui, prise par des amis depuis un immeuble voisin, le montre serré contre Liu Xia. Tous deux se ressemblent étrangement, maigres et la tête rasée, unis jusqu’au bout dans l’enfermement.
]]>https://www.coupdegriffeactu.com/2017/07/13/chine-liu-xiaobo-nobel-de-la-paix-mort-sans-avoir-vu-son-prix/feed/2Cheikh Hamidou Kane : « Je suis plus un témoin qu’un écrivain »
https://www.coupdegriffeactu.com/2016/12/29/cheikh-hamidou-kane-je-suis-plus-un-temoin-quun-ecrivain/
https://www.coupdegriffeactu.com/2016/12/29/cheikh-hamidou-kane-je-suis-plus-un-temoin-quun-ecrivain/#commentsThu, 29 Dec 2016 23:51:33 +0000http://www.coupdegriffeactu.com/?p=414129 décembre 2010 à 12h51
En marge du festival Étonnants Voyageurs où il était l’un des invités d’honneur, l’écrivain sénégalais Cheikh Hamidou Kane a analysé pour Jeuneafrique.com, les multiples problèmes qui endiguent l’envol du continent africain. Interview.
Le costume est sobre, parfaitement coupé. L’allure énergique ne trahit pas les 82 années d’une vie bien remplie. Le visage laisse deviner une certaine sérénité. Concentré, attentif, l’homme politique et écrivain sénégalais Cheikh Hamidou Kane apprécie la palabre. Invité à Bamako (Mali) à l’occasion du festival Étonnants Voyageurs, il parle à tous : confrères auteurs, écoliers, journalistes, rappeurs, etc.
Cheikh Hamidou Kane : Cette remarque m’a fait chaud au cœur. Je l’ai entendue souvent en Afrique, mais aussi en dehors du continent. En 1983, à Istanbul, des Turcs m’ont déclaré : « On dirait que vous avez écrit L’Aventure ambiguë pour nous. Nous sommes musulmans sans être Arabes et Européens sans être reliés à l’Europe. »
Vous avez aujourd’hui 82 ans… et vous êtes reconnu dans le monde pour deux livres.
J’ai écrit L’Aventure ambiguë pour évoquer les 30 dernières années de la colonisation. Les gardiens du temple porte sur les 30 premières années de l’indépendance. Il s’agissait dans les deux cas de témoigner sur le devenir de l’Afrique. Je suis plus un témoin qu’un écrivain.
La question centrale de votre premier roman porte sur l’opportunité et le risque, pour un Africain, d’aller étudier à l’école des Blancs. Est-ce toujours d’actualité ?
Même si certaines questions ne se posent plus avec autant d’acuité, celle de l’ouverture de l’homme africain à l’homme blanc du Nord – qui est souvent l’ancien colonisateur – continue de se poser. Pour apprendre de l’autre, est-on condamné à perdre ce que l’on est ? Apprendre le français, par exemple, c’est courir le risque de ne plus parler sa langue. Aujourd’hui, les enfants vont à l’école de plus en plus jeune. Dans L’Aventure ambiguë, Samba Diallo n’y est allé que vers 9 ou 10 ans et il avait auparavant reçu une éducation de sa communauté et de ses parents. Aujourd’hui, en milieu urbain, la cellule familiale a éclaté. On peut se demander si ce que les nouvelles générations apprennent vaut ce qu’elles vont oublier.
Quelles sont selon vous les principales aspirations des jeunes ?
Les questions liées à la consommation occupent la priorité dans l’esprit des gens. C’est un problème que les élites politiques doivent prendre en compte. La jeunesse africaine n’est plus enfermée dans ses frontières. Elle a du coup des besoins auxquels il faut répondre. Deux sortes d’obstacles s’y opposent. D’une part, l’inégalité de la règle du jeu entre le Sud et le Nord – ce dernier conditionnant la nature des échanges. D’autre part, le manque d’unité de l’Afrique. Ensemble, les pays africains pourraient renforcer leur poids face au monde et améliorer l’exploitation des ressources dont ils sont dotés. Quand on pense à ce que les compagnies pétrolières ont réussi à imposer à des pays comme le Congo ! L’union aurait permis de s’y opposer.
Vous n’avez pas l’impression qu’actuellement, le repli sur soi l’emporte ?
J’ai eu, dès les années 1960, le pressentiment qu’il risquait d’apparaître, dans les pays du Sud, des crispations identitaires et religieuses face à la violence et au mépris reçus du Nord. Le rejet de la culture occidentale pouvait déboucher sur ce cri : « Nous ne voulons rien de vous. » Et cela est effectivement apparu dans certains pays d’Afrique.
Que voulez vous dire quand vous parlez de crispations identitaires ?
Le recours à la médecine traditionnelle pour essayer de contrer les ravages du sida, plutôt que de s’en remettre à la médecine moderne est, selon moi, une forme d’intégrisme. Mais ce qui est le plus apparent aujourd’hui, c’est essentiellement l’intégrisme au sein de l’islam et du christianisme. Le personnage du fou qui tue Samba Diallo dans L’Aventure ambiguë est une préfiguration de ce conservatisme. Diallo a pensé qu’il pouvait être musulman et libre penseur. Le fou ne lui a pas permis de différer le moment de sa prière : il l’a poignardé.
Vous craignez la menace intégriste ?
Ce qui prévaut dans la culture africaine, c’est une très grande ouverture. En ce qui concerne l’islam, les premiers musulmans n’ont pas voulu ou pu entrer dans les profondeurs de l’Afrique : ils ont converti les rois et les dirigeants. Très tôt, l’islam a été repris, diffusé, enseigné par les Africains eux-mêmes d’une manière qui tenait compte des réalités locales. C’est un islam orthodoxe et en même temps très ouvert, tolérant, qui explique que nous ayons longtemps été protégés de l’intégrisme. Dans le Coran, il est dit : « Il n’y a pas de contraintes en religion. » Dans sa pratique, le prophète Mohamed a proclamé la liberté de culte à Médine entre juifs, chrétiens et musulmans. Les intégrismes, qui ne sont pas l’apanage du monde musulman, sont nés de problèmes différents. Les crispations identitaires sont une conséquence du rejet du modèle occidental.
L’Occident ne se montre lui-même guère ouvert.
Il n’est pas certain que ceux du Nord comprennent que l’ouverture est la garantie de leur propre prospérité. La colonisation a pris fin formellement, mais les relations de domination se poursuivent. Le Nord est venu prélever les matières premières pour développer son industrie, son commerce. Il a engagé les Africains dans ses guerres, et depuis, il s’est fermé. Mais il n’est pas possible de clore ses frontières et de rester les maîtres du jeu. On ne pourra pas empêcher ce que l’Occident appelle une nouvelle « invasion des barbares ». On voit bien la manière dont la Chine brise les règles imposées par le Nord !
Quelle solution proposez-vous ?
Des barbelés autour de l’espace Schengen ne peuvent pas empêcher l’invasion du Nord. Il va falloir réfléchir avec le Sud ! Et au Sud, il est nécessaire de substituer aux 53 États existants une véritable union. Regardez l’Europe, qui a une monnaie commune, une armée commune, alors que l’Allemagne et la France étaient en guerre, il y a 65 ans…
L’Europe a connu, il y a peu, une guerre dans les Balkans…
Ce sont là des combats d’arrière-garde qui, malgré leur caractère strident, peuvent s’apaiser et disparaître. Les pays se rendent compte qu’il faut aller vers l’intégration. Les grandes puissances d’aujourd’hui, c’est l’Inde et la Chine. Pourquoi nous autres Africains devrions-nous continuer sur le chemin de la division ? Si, par miracle, dès 2011, nous décrétions une forme d’intégration politique, on verrait le regard du monde changer et on nous déroulerait le tapis rouge, comme on le fait pour Hu Jintao !
Optimiste, je le suis par option philosophique, mais aussi parce que j’ai observé la réalité. Nous fêtons les cinquante ans de l’indépendance et beaucoup de choses ont été bien faites malgré tout. Au Sénégal, en 1960, le taux de scolarisation était de 12 %. Vers l’an 2000, ce taux est monté à 65 %. Wade prétend qu’il est aujourd’hui à 90 %. Même chose pour la santé. Quand on se souvient que c’est dans le courant des 50 dernières années qu’il y a eu à la fois l’apartheid et la réconciliation en Afrique du Sud, qu’un homme comme Mandela a su faire entendre la voix des siens qui ployaient sous le joug imposé par une minorité, on peut être optimiste.
Mandela, c’est un modèle ?
J’ai été frappé, en lisant ses deux livres, par le fait qu’il fait toujours référence aux leçons qu’il a tirées de l’éducation reçue de sa tribu. Il rappelle notamment les palabres qui se tenaient chez le régent, les réunions de la communauté xhosa qui visaient à atteindre une forme de consensus. Lorsque l’on voit à quel point cela l’a éclairé, on se dit que la cause n’est pas perdue. Je pense qu’il faut se tourner vers sa culture d’origine, non pour retourner aux sources, mais pour y avoir recours.
Que voulez-vous dire ?
Joseph Ki-Zerbo a montré que l’histoire du continent noir est caractérisée par une triple dépossession. L’Afrique a été dépossédée de l’initiative politique, de son identité et de son espace, découpée en 53 parties distinctes par les envahisseurs du nord. Ki-Zerbo a, par ailleurs, donné une idée du mouvement à suivre : « Le développement, c’est un retour de soi à soi à un niveau supérieur. » Il faut faire interagir le passé et l’avenir, reprendre possession de l’espace africain. Ce qu’on apprend de nouveau ne doit pas nous faire oublier les codes anciens. Certaines de nos valeurs du passé sont néanmoins dépassées et il faut leur substituer de nouvelles versions.
Par exemple ?
Soundiata Keïta a créé un empire doté d’une loi fondamentale où il reprenait nombre de règles héritées de l’empire du Ghana sur la coexistence entre ethnies. Il a transformé en loi d’empire des traditions existantes, comme celle des équivalences patronymiques qui font qu’un Diarra du Mali s’appelle Ndiaye au Sénégal. Il existait une forme de citoyenneté dans l’empire. Il existait même une forme d’habeas corpus. Je pense à la « Charte de Kouroukan Fougan ». Voilà un document important pour le patrimoine de l’humanité. Ce texte de 1236, quasiment inconnu dans le monde et pis, des Africains, propose une manière de gérer les relations au sein de la famille, des clans, des générations, des différentes classes de la société, mais il offre aussi la liberté de circulation, le droit à la protection de l’intégrité physique et morale de l’individu. Pourquoi devrions-nous aller chercher des règles ailleurs, sans recourir à ces fondements ?
Comment peut-on lutter contre cette méconnaissance de la culture africaine que vous dénoncez ?
L’écriture n’est qu’un outil permettant d’accéder au gisement de la culture orale. Elle ne suffit pas pour faire entendre le contenu profond de l’oralité. Les progrès techniques – la radio, la télévision, internet – enrichissent aujourd’hui le nombre d’outils permettant l’expression des cultures noires via les musiciens, les conteurs, les griots. Ces derniers peuvent faire entendre l’esthétique noire de la même manière que les negro-spirituals, le jazz, la soul ont permis de faire entendre la sensibilité musicale noire.
Prenez Le roi lion : c’est un conte essentiellement africain ! C’est pourquoi ces dernières années, je me suis mis en relation avec des écrivains, des cinéastes, des musiciens, des hommes de théâtre pour mettre en spectacle cette étape importante qu’est le surgissement de Soundiata Keïta et la fondation de l’empire du Mali en 1236, qui ouvre le moyen-âge africain. Cette étape essentielle de l’histoire n’est connue que par les griots. Il faut utiliser tous les moyens disponibles pour la faire connaître – et surtout pour dire que la liberté de l’individu a été proclamée par les Africains au début du XIIIe siècle, grâce à la « Charte du Kouroukan Fougan ». Laquelle est aussi importante que la Magna Carta, texte fondateur de la démocratie de type westminsterien. Il ne s’agit pas de contester la monarchie, mais d’y ménager des espaces de liberté. Il ne faut pas s’inspirer seulement de la manière dont les Occidentaux ont réglé le problème de la circulation des biens et des hommes.
Vous avez donc un projet bien précis ?
Pour ce projet de spectacle, de film ou d’opéra, nous avons interpellé les cinq ou six chefs d’État de la région en espérant qu’ils nous donnent les moyens nécessaires. Nous nous sommes répartis les tâches. J’ai été sollicité pour écrire le livret. Malheureusement, les difficultés politiques en Guinée et les agendas des hommes politiques n’ont pas permis d’avancer d’un pas. Moi-même, j’ai beaucoup travaillé et pris des notes pour voir comment ce spectacle devait se monter.
Comment expliquez-vous ce faible intérêt des chefs d’État ?
Les dirigeants actuels sont complètement absorbés par la gestion du quotidien, et ils n’ont pas le temps de déterminer des priorités. Le domaine de la culture reste le parent pauvre de la plupart des gouvernements. Les industries culturelles modernes, comme les grandes chaînes de télévision, peuvent offrir des ressources importantes, mais ce sont des milieux difficiles à aborder. J’en ai parlé avec Youssou N’dour, qui était enthousiasmé par l’idée. Il a eu l’occasion d’en parler avec Mo Ibrahim, qui serait peut-être prêt à financer. Voilà où nous en sommes.
En quelle langue imaginez-vous ce spectacle ?
Sans doute en mandingue avec des sous-titres. Sinon, pour l’essentiel, si je dois écrire le livret, je le ferais en français. Je ne crois pas qu’on y trouvera à redire.
Un livre ne suffirait pas ?
Un griot prestigieux du Mali disait un jour à un journaliste, griot et écrivain, son neveu Massan Makan Diabaté, qui l’interviewait : « Tu as écrit un livre, mais ça ne respire pas, ça ne parle pas ! Mes histoires, je les raconte avec mon corps, mes membres, mes expressions de visage. » Dans un texte d’Amadou Hampaté Bâ, il est dit : « L’écriture, c’est l’ombre de la parole. » Tout comme une photo ne montre jamais que l’extérieur…
Pour vous, l’oralité garde un fort pouvoir ?
Lors d’une rencontre, en 1998, portant sur la façon d’utiliser les radios locales, des griots venus de Gambie, du Sénégal, du Mali et de la Guinée-Bissau se sont retrouvés chaque soir pour comparer les versions qu’ils avaient gardées de certaines histoires, et notamment de l’épopée de Soundiata Keïta. Et ils on constaté qu’à des milliers de kilomètres de distance et après plusieurs siècles, ils avaient conservé une version à peu près identique. J’avais déjà pu constater cela ici même, à Bamako, lors d’un colloque réunissant historiens et griots. La rencontre avait lieu au moment où une mission archéologique travaillait sur le site de l’ancienne capitale de l’empire du Ghana, Koumbisale. Les griots ont décrit la configuration de la ville, la maison du roi, la partie occupée par les militaires, celle où logeaient les religieux. Et cette description a été exactement corroborée par les découvertes archéologiques. Alors on a demandé aux griots : nous avons là la preuve que votre savoir est fiable, mais comment se fait-il que vous ne le partagiez pas ? Ils ont répondu que le savoir donne le pouvoir. Qui sait, peut. Et ils ont dit que ce pouvoir ne pouvait pas être mis entre n’importe quelles mains.
Jusqu’à présent, vous-mêmes avez surtout utilisé l’écrit.
Je ne me perçois pas comme un homme faisant métier d’écrire. Ce n’est pas dans ma tradition, qui est orale… Notre génération, celle des premiers écrivains africains, a réussi à franchir les obstacles que le colonisateur avait placés sur notre chemin pour nous confiner à l’enseignement primaire. Le colon a envoyé certains Africains se former à l’école vétérinaire d’Alfort, car il pensait que c’était bien pour la gestion de l’élevage. Le ministre des Affaires étrangères sénégalais Amadou Karim Gaye, les écrivains Birago Diop et Ousmane Diop sont passés par là… D’autre ont pu échapper au numérus clausus en passant par le séminaire, comme Senghor… Mais cette minorité qui a formé la première génération d’écrivains n’était pas préparée à l’écriture : ils devaient devenir professeurs, vétérinaires, administrateurs. Ils ont maîtrisé la langue pour témoigner. Nombre d’entre nous sommes devenus écrivains accessoirement aux tâches pour lesquelles ils étaient formés.
Comment répondent les jeunes générations quand vous évoquez votre projet ?
Les jeunes générations adhèrent avec enthousiasme. Elles sont désireuses de s’abreuver à ce gisement qu’est la tradition orale. J’ai été confirmé dans cette idée par les rappeurs et les slammeurs que j’ai pu entendre ici, à Bamako. Ils doivent avoir une place importante dans notre spectacle car ils peuvent être bien plus efficaces que nous pour faire passer le message.
Comment réagissez-vous à la crise ivoirienne ?
La crise en Côte d’Ivoire suscite chez moi à la fois déception et satisfaction. La déception résulte d’une nouvelle manifestation de la crise de leadership qui touche les élites politiques africaines modernes. Il est décevant que Laurent Gbagbo, qui appartient au petit nombre des intellectuels arrivés à la tête d’un État, qui fut un militant, un opposant de la première heure au pouvoir personnel d’Houphouët-Boigny, et un partisan de l’unité africaine, n’ait ni évité d’instrumentaliser les appartenances ethniques des électeurs ni su échapper à la tentation de s’accrocher au pouvoir malgré le verdict des urnes.
En félicitant Alassane Ouattara d’avoir été choisi par la majorité du peuple ivoirien, on peut lui souhaiter de garder la tenue et la retenue dont il a fait preuve pendant la campagne et après cette victoire outrageusement contestée par son adversaire. On doit surtout l’adjurer de restituer à son pays le rôle d’acteur pivot de l’intégration économique, financière, culturelle et politique de l’Afrique. Il faut tourner le dos à la « balkanisation » voulue et consacrée par Houphouët, à l’ »ivoirité » et à tout ce qui maintient les divisions héritées de la colonisation.
Les Ivoiriens, comme les Guinéens, sont allés aux urnes dans la discipline et la paix. Ils ont résisté aux démons de l’instrumentalisation, à des fins politiciennes, de leurs appartenances ethniques ou religieuses, et cela, après des décennies pendant lesquelles ils ont été privés de la possibilité d’exprimer leurs choix. Nicolas Michel
En réaction à l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche, l’écrivain nigérian et prix Nobel de littérature Wole Soyinka a annoncé jeudi 1er décembre avoir déchiré sa carte verte », c’est-à-dire son permis de résidence aux États-Unis.
« Je l’ai déjà fait. (…) J’ai fait ce que j’ai dit que je ferai », a déclaré l’écrivain à l’AFP à Johannesburg, en marge d’une conférence sur l’éducation.
« Ça me faisait horreur de penser à ce qui allait se passer avec Trump » à la Maison-Blanche, a ajouté Wole Soyinka, 82 ans, qui avait déjà fait part de son hostilité au milliardaire, notamment en raison des positions de ce dernier sur l’immigration.
Mondialement reconnu et jouissant d’une forte autorité morale, Wole Soyinka enseignait dans des universités américaines. « Quand j’ai fini (mes cours), j’ai jeté la carte et je me suis réinstallé » de façon permanente au Nigeria, a-t-il poursuivi, sans pour autant vouloir « décourager les Nigérians ou quiconque » de postuler pour une carte verte.
Alors que son roman Chanson doucese vendait déjà très bien, Gallimard a décidé de réimprimer 160.000 nouveaux exemplaires. Un marathon médiatique l’attend. Et elle a deux livres à paraître dès début 2017.
«Ce sera un Goncourt grand public», affirmait Antoine Gallimard, quelques minutes après la proclamation du prix décerné à Leïla Slimani, pour Chanson douce(Gallimard). La jeune romancière figurait déjà en bonne place dans le palmarès des meilleures ventes avec plus de 80.000 exemplaires imprimés. La maison d’édition a décidé de réimprimer 160.000 nouveaux exemplaires, ce qu’elle n’avait fait qu’en de très rares occasions.
Et, encore, ce tirage ne devrait pas suffire d’après les rumeurs. Il faudra à nouveau réimprimer. Il y a fort à parier que Leïla Slimani figurera en tête des ventes. Décidément, l’année 2016 s’avère un très bon cru pour la maison installée rue Gaston-Gallimard, dans le VIIe arrondissement parisien. Elle a non seulement décroché le Goncourt, mais elle se retrouve en rupture de stocks avec deux autres titres Lettres à Anne, de François Mitterrand et le nouvel Opus Harry Potter et L’Enfant maudit (pourtant 600.000 exemplaires ont été imprimés).
Pour la lauréate du plus prestigieux prix littéraire français, le marathon ne fait que commencer. Elle a été l’invitée surprise de La Grande Librairiele soir du Goncourt; et ce vendredi matin, elle était reçue parFrance Inter. Comme souvent, les lauréats du Goncourt effectuent une sorte de tournée de star médiatique et dans les librairies. «Ménagez-vous», lui a conseillé un membre du Goncourt, sachant, par ailleurs, qu’elle attendait un heureux événement.
Son roman Chanson douce, dont onze pays avaient déjà acheté les droits de traduction, a connu un nouveau pic après l’annonce de l’académie Goncourt: quatre nouveaux pays se sont manifestés. Et là, aussi, cela ne devrait pas s’arrêter là.
Sa carrière d’écrivain ne fait que commencer
Bernard Pivot, président de l’académie Goncourt, prédit même une carrière cinématographique au livre. «Le cinéma va sans doute s’en emparer, le travail scénaristique est quasiment fait», affirme-t-il, louant également la «dramatisation» du sujet. Cette histoire d’une nounou qui tue les deux enfants dont elle a la garde est un sujet grand public, d’après les jurés.
«Le sujet est né du fait que moi-même j’ai eu des nounous dans mon enfance, j’ai été très sensible à leur place dans la maison, où elles sont à la fois comme des mères et des étrangères. J’ai découvert qu’elles pouvaient être des personnages très romanesques», expliquait la jeune romancière de trente-cinq ans, qui avait, à un moment, voulu embrasser une carrière de comédienne.
Son éditeur, Jean-Marie Laclavetine est heureux, lui qui a travaillé avec elle dès son premier roman Dans le jardin de l’ogre publié en 2014. Il se faisait discret lors de la remise du Goncourt à sa jeune romancière. «C’est une expérience particulièrement émouvante, j’ai lu ses premières pages. Il y a eu énormément de dialogues. C’est incroyable que cela aille aussi vite. Elle ne fait que commencer une grande carrière d’écrivain.»
Sexe et mensonges au Maroc
Et cela démarrera dès le début de l’année 2017 avec un recueil de nouvelles d’abord parues dans l’hebdomadaire Le 1, Le Diable est dans les détails(éditions de l’Aube, le 6 janvier) et un essai dont on va sans doute beaucoup parler: Sexe et mensonges: être jeune au Maroc(parution aux Arènes, en mars 2017).
Une enquête sur la sexualité des jeunes au Maroc et le malaise d’une société écartelée entre le sexe dans le mariage accepté socialement et les pratiques sexuelles hors mariage ou hors la loi niées notamment la prostitution, l’homosexualité, le tourisme sexuel. D’après son éditeur, Leïla Slimani dévoile la volonté des jeunes Marocaines de libérer leur corps de cette soumission sociale et de sortir des tabous.
La romancière ne sera pas seule dans ce marathon qui l’attend. Sa mère qui vit au Maroc a eu une «intuition» ce jeudi 3 novembre au matin, à 4h00. Elle décidait de prendre l’avion Rabat-Paris pour être près de sa fille dans l’après-midi. Elle n’a pas fait le voyage pour rien.