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Pr Babacar Mbaye DIOP© Malick MBOW
Pr Babacar Mbaye DIOP© Malick MBOW

Reconnaître d’avoir spoliés les biens culturels africains et décider des siècles plus tard ne suffit pas. Les Occidentaux doivent aussi payer la réparation, non pas financière, mais par la mise en place de vastes programmes de développement de l’Afrique

Babacar Mbaye Diop  |   Publication 02/03/2020

Toutes les grandes puissances occidentales ont leur musée consacré à l’art africain (1). Le développement des musées ou collections d’objets d’art africain en Occident coïncide avec la colonisation et l’essor de l’action missionnaire. La plupart de ces collections sont, en effet, le résultat de pillages militaires, de vols ou de ventes illégales. Plusieurs voix se sont levées pour réclamer le retour de ce patrimoine artistique en Afrique. Mais le débat sur la restitution n’est pas nouveau. Abdou Sylla, dans une étude consacrée au « Retour et restitution des biens culturels à leur pays d’origine : objets et motifs » publiée en 2005 (13 ans avant le rapport Sarr-Savoy !) dans la revue Éthiopiques n°75, nous rappelle que la question du retour et de la restitution a été d’abord soulevée et prise en charge par deux anciens directeurs généraux de l’UNESCO : d’abord René Maheu et ensuite Amadou Mahtar Mbow (2). Si aujourd’hui la question est toujours posée, c’est parce que « l’on observe encore, que tous les musées ethnologiques européens et nord-américains, mais également les collections privées, sont remplis d’objets d’art et de biens culturels et ayant appartenu aux peuples anciennement dominés qui les ont créés » (3). Mais il existe un lobby anti-restitution venant le plus souvent des musées et des marchands d’art. L’idée selon laquelle les musées africains ne sont pas aptes à accueillir les œuvres restituées ou que les politiques culturelles africaines ne sont pas à la hauteur est souvent soulevée par les détracteurs de la restitution. Abdou Sylla, dans une autre étude datant de 2006 (12 ans avant le rapport Sarr-Savoy !) publiée dans la revue Éthiopiques n°76 et intitulée « Retour et restitutions des biens culturels à leur pays d’origine : difficultés et enjeux », montre que « l’ampleur et la diversité des initiatives et des actions déjà entreprises ou en cours sont indéniables » (4). L’auteur souligne les difficultés techniques, juridiques, mais aussi les obstacles psychologiques et les « réticences inévitables » inhérentes à la Convention de l’UNESCO de 1970. Il aborde la situation avec des questions importantes et difficiles :

« Ces pays occidentaux accepteront-ils volontiers de se laisser dessaisir de ces valeurs culturelles ? Ces valeurs constituent-elles désormais des richesses nationales de ces pays industrialisés et intégrales, en tant que telles, à leurs patrimoines culturels nationaux ? Est-il possible de dresser des inventaires complets de tous ces patrimoines ? Selon quelles conditions et modalités seront effectuées ce retour et cette restitution ? Les pays détenteurs accepteront-ils de les restituer sans contrepartie ? Les pays dépossédés disposent-ils des moyens de rachat, de conservation, de traitement et de mise en valeur de ces patrimoines, une fois le retour effectué ? » (5).

Aujourd’hui, alors que ces difficultés et ces réticences persistent encore et que la plupart des pays détenteurs de ces objets pris à l’Afrique refusent de les rendre, il est heureux d’entendre le Président français, Emmanuel Macron, parler de « restitutions temporaires ou définitives » (6) de ce patrimoine africain, prisonnier de musées ou de collectionneurs occidentaux. Mon propos dans cette communication est d’abord de rappeler les conditions dans lesquelles les objets d’art africain sont entrés dans les musées occidentaux et ensuite de revenir sur le débat actuel de leur restitution et de la réparation.

Les collections d’art africain dans les musées occidentaux (7)

Les auteurs de Restituer le patrimoine africain, rapport commandité par Emmanuel Macron, Felwine Sarr et Bénédicte Savoy soulignent avec juste raison que « la recherche active de biens culturels et leur transfert dans les capitales européennes ont été au cœur (…) de l’entreprise coloniale » (8). On ne peut parler de la restitution des objets africains sans convoquer le colonialisme. Les colonisateurs estimaient avoir sauvés et valorisés ces objets. Ils avaient créé dans leurs colonies mêmes des institutions afin de collecter les objets de la culture matérielle des peuples colonisés. Le but était de prouver la nécessité d’apporter la civilisation à ces peuples barbares. Les missionnaires ont joué un rôle important dans ce transfert d’objets : ils demandaient aux colonisés de jeter leurs objets d’adoration afin d’être convertis à leur nouvelle religion. Mais ces objets se retrouvaient le plus souvent dans les musées européens. Ils ont, au cours de plusieurs siècles de domination, nous précise Abdou Sylla « acquis, accumulé et conservé des biens et valeurs culturels inestimables, ayant appartenu aux peuples qu’ils avaient colonisés. Dans ces pays, à côté des patrimoines culturels publics, il existe encore de nombreuses collections privées, constituées de très nombreux biens culturels, propriétés des peuples colonisés anciennement » (9).

Les colons britanniques, français et allemands ramenaient dans leur pays, certaines de ces « curiosités » artistiques qui donnaient une couleur d’exotisme à leurs domiciles. Avec l’expédition punitive des Britanniques au royaume d’Ashanti en 1874 et au Bénin en 1897, certaines missions comme celles de Léo Frobenius en Afrique occidentale et au Congo, la mission scientifique DakarDjibouti dirigée par Michel Leiris et Marcel Griaule en 1931, qui ont raflé des milliers d’objets, on peut parler d’un pillage systématique et organisé des objets d’art africain.

Depuis les premières expositions des objets africains en France (Galerie Devambez, Art nègre et océanien, Paris, 1919 ; galerie Le Portique, Exposition d’art nègre, catalogue, Carl Einstein, Paris, 1925) aux expositions du Museum of Primitive Art de New York dans les années 1960, l’intérêt d’en savoir plus sur l’art africain s’avéra essentiel. Il commence à faire l’objet d’investigation scientifique et ethnologique. C’est ainsi qu’à partir des années 60 des marchands occidentaux parcourent l’Afrique noire pour acheter des objets sur place. Beaucoup de ces objets d’art enrichissent aujourd’hui les collections ethnographiques des plus célèbres musées occidentaux. On peut citer le Musée Royal de l’Afrique à Tervuren en Belgique (plus d’un siècle de collections et plus de 180000 objets d’art africain), le British Museum avec plus de 69000 objets venant d’Afrique, le Musée d’Ethnographie de Hongrie avec sa collection africaine où sont rassemblés plus de 10 mille objets africains, le Musée Vienne avec plus de 37000 objets d’Afrique, le Musée du Quai Branly de Paris avec sa collection africaine de plus de 70000 objets, le Musée d’Anthropologie et d’Ethnographie Pierre-le-Grand à Saint-Pétersbourg, le Musée d’art africain de la Smithsonian de Washington, le Metropolitan Museum of Art de New York, l’Art Institute de Chicago, les nombreux autres musées universitaires américains et européens. Après l’extermination des Hereros en 1904 en Namibie, plus de 300 têtes humaines ont été prises envoyées en Allemagne. Des milliers d’ossements et de cranes africains sont dans plusieurs musées d’Europe. La colonisation n’était pas que militaire et économique, il fallait aussi déposséder les Africains de leur culture matérielle. L’historien Achille Mbembe a eu raison de dire que « la violence coloniale n’épargna ni les êtres humains ni les biens. Son but ultime était la dé-symbolisation de la vie des Africains » (10).

Toutes ces institutions gèrent aujourd’hui une énorme collection d’objets africains dont le statut a changé avec le temps. Ce sont tout d’abord les marins, les missionnaires, les collectionneurs, les employés des États coloniaux, médecins, journalistes, coopérants qui ont été les premiers à amener ces objets en Europe. Au début, ces objets n’étaient pas exposés à des fins esthétiques, ils servaient seulement de décor exotique à la propagande coloniale. Aujourd’hui, il existe plusieurs réseaux de collectionneurs d’objets d’art africain et des dealers prêts à tout faire pour obtenir des objets précieux.

La responsabilité des Africains est aussi engagée dans le trafic et des vols des objets. Selon Abdou Sylla, « depuis les Indépendances, presque tous les musées ethnographiques nationaux ont été victimes de vols. Une catastrophe pour les patrimoines culturels qu’ils abritent » (11). En effet, plusieurs milliers d’objets d’art africain tels que des masques, des figurines qui sont aujourd’hui en Europe et aux États-Unis ont été volés dans les musées et dans les villages. Ces vols sont aussi parfois le fait des Africains eux-mêmes. Ces pillages, dus à la pauvreté, aux guerres, à la valeur de l’art africain (selon Interpol, le trafic illicite des objets d’art africain est estimé à près de 400 millions de dollar US par an) se font devant l’indifférence des gouvernements. Avec de difficiles conditions de survie, et avec une demande incompréhensible pour eux de la part des Européens, les populations africaines ont commencé à vendre tout ce qu’elles pouvaient vendre. Les guerres civiles et ethniques ont également largement favorisé le pillage systématique de musées ou de sites archéologiques. Aujourd’hui, ce sont surtout les Africains qui volent et vendent les objets. Ce marché frauduleux est bien connu des musées et marchands occidentaux. Mais si des objets furent achetés ou proviennent de vols ou de pillages, il faut signaler que la plupart des objets exposés dans les musées occidentaux ont été pris lors de multiples razzias des colons.

La question de la restitution

Maintenant que l’art africain a sa section dans beaucoup de grands musées d’art, les gouvernements africains ont tenté de mettre fin aux trafics et au pillage, en créant des lois réglementant la sortie des objets d’art. Mais trop souvent, ces législations sont incomplètes ou violées, et la restitution reste une exception. Au sein de l’UNESCO, des années de débats, d’études et de recherches ont abouti à la Convention de 1970 qui fixe des mesures pour empêcher et interdire l’importation, l’exportation et le transfert de propriétés illicites des biens culturels. Mais cette Convention n’a été adoptée par l’Assemblée Générale de l’ONU que le 22 octobre 1987 par la Résolution 42/7 intitulée « Retour ou Restitution de biens culturels à leur pays d’origine ». Et lors du vote, les pays concernés par la Convention et la Résolution, tels que ceux « de l’Union européenne actuelle, des États-Unis d’Amérique, de l’Australie, d’Israël », qui ont « au cours de plusieurs siècles de domination, acquis, accumulé et conservé des biens et valeurs culturels inestimables » (12), ce sont abstenus.

Cette Convention reconnaît que le vol est une cause principale de l’appauvrissement du patrimoine culturel des pays d’origine. Pourtant un grand nombre de pays n’ont à ce jour pas encore ratifié cette convention. Ce n’est pas tant les réglementations et les services douaniers qui leur posent problème, mais plutôt les restitutions de patrimoines nationaux. Et même signée, cette convention sera difficile à appliquer de façon stricte puisqu’il est très difficile de définir quels objets restituer, difficile de retrouver ces objets, de les acquérir et de savoir à qui les restituer.

Les auteurs de Restituer le patrimoine africain, Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, proposent, en ce qui concerne la France, « le cadre chronologique, juridique, méthodologique et financier dans lequel pourras s’effectuer le retour du patrimoine africain en Afrique » (13). Ils se posent des questions essentielles telles que : « quelle Afrique pour quelles restitutions ? », « À qui rendre » ? Les deux auteurs nous apprennent que dans les anciennes colonies françaises, dans la seule collection du quai Branly, le Tchad « arrive en tête (9296 objets). Il est suivi du Cameroun (7838), de l’île de Madagascar (7590), du Mali (6910), de la Côte d’Ivoire (3951), du Bénin (3157), de la république du Congo (2593), du Gabon (2448), du Sénégal (2281 et de la Guinée (1997) » (14). L’Ethiopie (3081 objets), le Ghana (1656) et le Nigéria (1148), la RDC (1428), l’Afrique australe sans le Madagascar (1692), l’Afrique de l’Est (2262) sont aussi présents dans les collections du musée quai Branly (15).

Ce travail devrait aussi être fait en Allemagne, en Belgique et dans tous les autres musées occidentaux où se trouvent des objets d’art africain.

Si l’on considère l’ensemble des objets produits dans une société, la dispersion de ces pièces est une aliénation. L’idée fondamentale, c’est que les objets d’une société lui appartiennent et doivent lui revenir. Il est vrai que ces objets, une fois retournés en Afrique, ne pourront plus jouer le même rôle qu’avant. Mais que les détracteurs de ce retour arrêtent de penser que parce que l’Afrique n’a pas assez de musées où mettre ces milliers d’objets, il serait mieux de garder encore en Occident. C’est un faux débat. Le Cameroun dispose d’un musée qui date de 1935, le Ghana de 1957, le Tchad de 1962, le Bénin de 1966, le Madagascar de 1962, le Mali de 1982, le Rwanda de 1989. Et un musée des civilisations noires est inauguré à Dakar en décembre 2018. Le paysage muséal africain est aujourd’hui en pleine construction.

Dans le refus de restitution des objets d’art africain prisonniers de musées occidentaux, il y a aussi le prétexte de l’universalisme ou de la diversité culturelle. Certains détracteurs du retour des objets en Afrique soutiennent que le fait de les conserver en Occident participe du brassage culturel entre les peuples et les situe dans la dialectique du Même et de l’Autre. Mais ce brassage culturel par l’art est un piège tendu à l’Afrique, c’est un phénomène trompeur dont il faut se méfier. Car au-delà du projet de coexistence entre l’Ailleurs et l’Ici, l’art africain, assigné à résidence dans les musées occidentaux, sera toujours déterminé par la doxa occidentale qui décide de ses conditions de visibilité (16).

Mais qu’est-ce qu’on fera de ces objets une fois qu’ils seront revenus en Afrique ? Faut-il alors leur redonner leurs fonctions d’origine ? Je ne le pense pas d’autant plus qu’avec l’islamisation beaucoup de sociétés ont renié ces objets. Faut-il les remettre dans des musées où les Africains ne viendront pas les voir parce que ne les considérant pas comme des objets d’exposition ? Abdou Sylla souligne dans son article « Les musées en Afrique : entre pillage et irresponsabilité » que :

« L’Afrique ancienne, dite traditionnelle ou précoloniale, ignorait la tradition muséale telle que pratiquée par l’Occident. En lieu et place de musée, elle utilisait les granges ou les arrière-cours ou encore les espaces compris entre les toits des cases et leurs murs. La grange elle-même n’avait pas la même signification qu’en Occident puisqu’en Afrique, il s’agissait de petites cases dans l’enclos familial, quelque part derrière, ou alors de vieilles cases délabrées dans lesquelles étaient jetés pêle-mêle les objets, parfois aussi les outils divers. Les villageois savent également qu’entre les pentes descendantes des toits et les murs, il y a des espaces, souvent aménagés, clôturés, dans lesquels les populations gardent récoltes, objets et bagages divers. En ces différents endroits de la concession familiale étaient entremêlés les « objets d’art » » (17).

Et si les Africains décidaient de ni les remettre dans leur contexte d’origine ni de les exposer ? Le Conservateur du Musée des civilisations noires de Dakar, mon collègue Hamady Bocoum ironise : « Si on avait envie de les bruler ? », une manière de dire que ces objets appartiennent à l’Afrique et doivent être rendus aux Africains qui décideront seuls de ce qu’ils en feront. La nécessité de ce retour des objets et biens culturels en Afrique est aujourd’hui reconnue comme légitime par les organisations culturelles internationales telles que l’UNESCO et les professionnels des musées africains.

Il est regrettable que les auteurs de Restituer le patrimoine africain n’aient pas mentionné une seule fois les noms de Abdou Sylla ou de Iba Ndiaye Diadji dans leur rapport. Les Sénégalais invités à l’atelier de Dakar qui a eu lieu le 12 juin 2018 au musée Théodore Monod d’art africain de l’IFANCheikh Anta DIOP n’étaient pas les mieux placés pour traiter la question. Le critique d’art Sylvain Sankalé dont le nom figure dans le rapport dit qu’il n’a pas été contacté pour donner son avis sur la question de la restitution.

Les deux philosophes Iba Ndiaye Diadji et Abdou Sylla sont incontournables au Sénégal sur la question de la restitution des biens culturels africains. Le Professeur Iba Ndiaye Diadji décédé en 2003 a écrit sur le pillage des biens culturels africains et il suffisait juste pour nos deux auteurs de lire L’impossible art africain (PUD, 2003) ou Créer l’art africain (Dëkkando, 2002), le Professeur Abdou Sylla malgré l’âge pouvait bien donner son avis sur la question puisqu’il en parle dans plusieurs articles parmi lesquels deux publiés dans la revue Éthiopiques (18) n°75 en 2005 et n°76 en 2006, et un dans la revue Africultures (19) n°70 en 2007. Comment peut-on ignorer l’apport d’Abdou Sylla sur la question ? Ce type de rapport est une affaire sérieuse. On ne peut pas se permettre, en tant qu’universitaires, d’ignorer ou de ne pas savoir ce qui a été déjà écrit sur la question par des chercheurs sénégalais.

Qu’en est-il de la réparation ?

Je voudrais conclure sur la question de la réparation. Après la restitution, la question de la réparation sera certainement posée. Aimé Césaire s’interrogeait déjà en 1955 : « Eh quoi ?, Les indiens massacrés, le monde musulman vidé de lui-même, le monde chinois pendant un bon siècle, souillé et dénaturé, le monde nègre disqualifié, d’immenses voix à jamais éteintes, des foyers dispersés au vent, tout ce bousillage, tout ce gaspillage, l’Humanité réduite au monologue, et vous croyez que tout cela ne se paie pas ? » (20), écrit Aimé Césaire dans le Discours sur le colonialisme. Le rapport Sarr-Savoy a presque esquivé la question de la réparation, les auteurs n’en parlent que sur une page (21) sur les 240 pages du document intégral. Ils écrivent :

« L’épineuse question de la réparation ne peut être éludée. Elle est souvent évoquée dans le contexte de crimes contre l’humanité (génocide des Herero et des Nama), de massacres violents liés à la conquête coloniale, ou de la prédation de ressources économiques, pour lesquelles la perte semble plus aisément quantifiable. Il s’agit cependant de comprendre, en ce qui concerne le patrimoine, que ce ne sont pas seulement des objets qui ont été pris, mais des réserves d’énergies, des ressources créatives, des gisements de potentiels, des forces d’engendrement de figures et de formes alternatives du réel, des puissances de germination ; et que cette perte est incommensurable parce qu’elle entraîne un type de rapport et un mode de participation au monde irrémédiablement obérés. Rendre les objets ne la compensera pas » (22).

Il est évident que parce que missionnés les deux auteurs ne pouvaient pas parler autrement. Comment peut-on penser une seule fois que ce qui nous été pris est incompensable et « incommensurable » ? La question de la restitution et celle de la réparation sont indissociables. Qu’elle soit symbolique ou financière, la réparation doit être faite. Les Occidentaux ont pillé et arraché des biens culturels à l’Afrique, ont accumulé des ressources financières très importantes avec les millions d’entrées sur ces objets exposés dans leurs musées, et on veut esquiver la question de la réparation ?

Pour parler de la réparation, je me permets, dans ce qui suit, de présenter avec autant de détails le point de vue de Manthia Diawara dans une lettre ouverte adressée au président français intitulée « Lettre d’Afrique à Macron : la réparation plutôt que la restitution ! » et publiée à Médiapart le 16 décembre 2019, pour montrer qu’il a vu juste. Il a eu raison d’écrire : « nous préférons la réparation à la restitution ». La question de la restitution du patrimoine, « c’est encore une ruse montée par l’Occident pour distraire les Africains des vrais problèmes qui leur font face ».

Il faut d’abord, dit-il, régler le problème de la réparation avant de parler de la restitution. L’Afrique continue à être pillée et spoliée de ses ressources naturelles et matérielles par les puissances étrangères. Ce qui paupérise de plus en plus le continent et qui pousse les jeunes africains à affronter la Mer Méditerranée pour espérer de trouver des lendemains meilleurs. Pour Manthia Diawara, le fait de renvoyer les biens culturels africain en Afrique ne fait que rappeler « les expulsions quotidiennes des Africains » de l’Europe. Les pays africains sont de plus en plus endettés envers l’Occident, la Chine et la Russie.

À l’instar des pays comme la France, l’Allemagne, le Japon ou l’Israël qui, qui après la Seconde Guerre Mondiale, ont bénéficié de la réparation avant la restitution de leurs biens culturels, Manthia Diawara réclame, avec juste raison, la réparation avant la restitution du patrimoine culturel africain. De la même manière que les États-Unis d’Amérique, avec le Plan Marshall, avaient versé des milliards de dollars aux plusieurs pays d’Europe et d’Asie pour « leur permettre de se remettre sur pied, après les destructions massives de leurs économies et de leurs démocraties », Diawara pense aussi, et à juste titre, qu’« il faut aussi réparer à l’Afrique ses imputations commises par l’Europe ». Il ne s’agira pas de réparation financière pour les États africains concernés par le pillage de ces objets, mais de mettre en place de grands programmes de développement sans rien attendre en retour, comme c’est le cas maintenant avec cette aide qui n’en ai pas une, avec toutes ces entreprises occidentales qui ne font que profiter de ressources africaines. L’auteur de « Lettre d’Afrique à Macron : la réparation plutôt que la restitution ! » écrit :

« Au lieu de jeter les Africains quotidiennement dans la Mer Méditerranée, payez-nous avec la Réparation, car la majorité des émigrés africains en Occident retourneraient dans les pays africains s’ils avaient les mêmes opportunités de travail, de mobilités transfrontalières et de droits humains que l’Europe, en théorie, offre aujourd’hui ».

Ces programmes, affirme Manthia Diawara, devront être financés par les Occidentaux qui exploitent encore les ressources naturelles du continent et qui en même temps votent des lois contre l’immigration des Africains. Après les compensations versées à la communauté juive spoliée par les nazis pendant la Deuxième Guerre Mondiale, l’indemnisation par Berlin des juifs d’Algérie victimes de mesures antisémites, les Maoris dédommagés par la Grande Bretagne après avoir été dépossédés de leur terre par les colons de l’Empire en 1863, pourquoi les Africains ne doivent-ils pas réclamer eux aussi des dédommagements suite aux crimes de l’esclavage et de la colonisation ? Reconnaître d’avoir spoliés les biens culturels africains et décider des siècles plus tard de les restituer ne suffit pas. Les Occidentaux doivent aussi payer la réparation, non pas financière, mais par la mise en place de vastes programmes de développement de l’Afrique tels que : construction et équipement d’universités et d’écoles pour la formation, d’hôpitaux de qualité, d’entreprises agricoles et industrielles, de barrages, de gestion de l’eau et de l’environnement, d’infrastructures de transport terrestre et aérien, d’institutions de recherche et d’innovation, etc. – et sans rien attendre en retour.

*Ce texte qui a fait l’objet d’une conférence le 5 décembre 2019 à l’Université de Bayreuth en Allemagne a été aussi prononcé à Vienne en Autriche le 28 février 2020 au 4e Forum pour la philosophie interculturelle et la théorie post-décoloniale. Je livre ici au public francophone la version française. 

Babacar Mbaye Diop est Maître de Conférences/Département de Philosophie/UCAD, Spécialiste d’Esthétique, de Philosophie de l’Art et de la Culture, Sociétaire de l’Association Internationale des Critiques d’Art (AICA).

Notes :

Maître de Conférences en Esthétique, Philosophie de l’art et de la culture, FLSH-UCAD – Sénégal

1. L’expression renvoie généralement aux créations artistiques traditionnelles de l’Afrique au Sud du Sahara.

2. Amadou Mahtar Mbow dans un appel du 7 juin 1978 déclarait que « ces biens de culture qui font partie de leur être, les hommes et les femmes de ces pays ont droit à les recouvrir ».

3. « Retour et restitution des biens culturels à leur pays d’origine : objets et motifs » publié en 2005 dans la revue Éthiopiques n°75

4. Revue Ethiopiques, n°76, 2006

5. « Retour et restitution des biens culturels à leur pays d’origine : objets et motifs » publié en 2005 dans la revue Éthiopiques n°75

6. Dans son discours prononcé le 28 novembre 2017 à l’Université de Ouaga 1 au Burkina Faso

7. Une partie de ce sous chapitre est déjà développée dans mon article « Arts d’Afrique noire et musées occidentaux », Revue Ethiopiques n°89, 2012

8. Felwine Sarr et Bénédicte Savoy dans Restituer le patrimoine africain, Philippe Rey et Seuil, 2018, p.27

9. Abdou Sylla, « Retour et restitution des biens culturels à leur pays d’origine : objets et motifs », in revue Ethiopiques n°75, 2005

10. Jeune Afrique, Magazine en ligne, du 13 mars 2018

11. In « Les musées en Afrique : entre pillage et irresponsabilité », Africultures, n°70, 2007

12. Abdou Sylla, « Retour et restitution des biens culturels à leur pays d’origine : objets et motifs », in revue Ethiopiques n°75, 2005

13. Restituer le patrimoine africain, Philippe Rey et Seuil, 2018, p.17

14. Op. cit. p.78

15. Pour ces chiffres, voir les pages 78-80 de Restituer le patrimoine africain, Felwine Sarr et Bénédicte Savoy

16. Lire mon article « Arts d’Afrique noire et musées occidentaux », in Revue Ethiopiques n°89, 2012, pages 208 à 282. J’en dis assez sur le sujet et je ne juge pas nécessaire d’y revenir ici.

17. In « Les musées en Afrique : entre pillage et irresponsabilité », Africultures, n°70, 2007

18. – « Retour et restitution de biens culturels à leur pays d’origine : objets et motifs », Ethiopiques n°75, 2005 – « Retour et restitutions des biens culturels à leur pays d’origine : difficultés et enjeux », Revue Ethiopiques, n°76, 2006

19.Voir « Les musées en Afrique : entre pillage et irresponsabilité », Africultures, n°70, 2007

20. Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, éditions Présence Africaine, Paris, 1955, p. 37

21. Fin page 33 et la page 34

22. Sarr-Savoy, Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain. Vers une nouvelle éthique relationnelle, novembre 25. 2018, p.34

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Le ministre de la Culture veut créer un « observatoire de l’architecture » https://www.coupdegriffeactu.com/2019/10/18/le-ministre-de-la-culture-veut-creer-un-observatoire-de-larchitecture/ https://www.coupdegriffeactu.com/2019/10/18/le-ministre-de-la-culture-veut-creer-un-observatoire-de-larchitecture/#comments Fri, 18 Oct 2019 21:23:42 +0000 http://www.coupdegriffeactu.com/?p=10290
  • ARCHITECTURE – CONCEPTION
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    Franck Riester© Malick MBOW

    Corentin Patrigeon, le 18/10/2019 à 16:09

    Franck Riester, ministre de la Culture. Photo d’illustration © Compte Twitter de Franck Riester

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    PROFESSION. Pour lancer la 4e édition des Journées nationales de l’architecture, qui se tiennent du 18 au 20 octobre 2019, le ministre de la Culture, Franck Riester, a prononcé un discours à la Cité de l’architecture et du patrimoine sur les nouvelles orientations de son administration en faveur de la profession.

    La 4e édition des Journées nationales de l’architecture, qui prend place du 18 au 20 octobre 2019 et devrait proposer plus de 1.200 évènements dans tout le pays, a été lancée par le ministre de la Culture, Franck Riester. C’est à la Cité de l’architecture et du patrimoine, à Paris, que celui-ci a tenu une allocution présentant les nouvelles orientations de son administration en faveur de la profession d’architecte. Sur la base du rapport intitulé « Valeurs de l’architecture » qui lui a été remis, le ministre a proposé à la profession de se mobiliser autour de 4 chantiers : « développer une meilleure médiation de l’architecture en faveur du grand public » ; « dynamiser la formation aux métiers de l’architecture et moderniser les conditions d’exercice des architectes«  ; « asseoir l’ancrage interministériel de l’architecture, sous l’impulsion du ministère de la Culture, afin de permettre notamment une plus grande efficacité de l’action de l’Etat sur les territoires » ; « accompagner l’innovation architecturale au service de la transition écologique ».

     

    Mieux connaître la profession d’architecte pour mieux l’accompagner

     

    Concrètement, le ministre a annoncé la mise en place d’une banque nationale de ressources liées à l’architecture à destination des enseignants, ainsi que d’un portail national participatif intitulé « France Architecture » et dont l’objectif sera de compiler l’ensemble des données relatives à la profession. Ceci notamment afin de « déconstruire les idées reçues sur l’architecture et les architectes », a souligné Franck Riester. Globalement, la volonté du ministère de la Culture est donc de mieux accompagner les professionnels et de moderniser les conditions d’exercice. Ainsi, une meilleure adaptation des formations est au programme, afin de garantir une « meilleure employabilité des architectes », dans l’attente de la mise en place, prévue pour 2020, d’un « schéma national de l’offre de formation, de la recherche et de l’expertise ».

     

     

    Nombre d’évènements liés à la profession émailleront les prochains mois : durant l’automne 2019, la seconde salve de labellisations des « Chaires partenariales d’enseignement et de recherche » dans les Ecoles nationales supérieurs d’architecture (Ensa) sera lancée, et le ministère organisera les premières Assises nationales des écoles d’architecture en juin 2020. Mais Franck Riester veut aller plus loin : « Nous devons renforcer la capacité du ministère à connaître les réalités de la discipline et de la profession ». Un « point fondamental » pour le ministre, qui a annoncé une réflexion autour de la mise en place d’un observatoire de l’architecture. Celui-ci aurait pour mission de collecter les données relatives, entre autres, à la rémunération des architectes, à l’évolution de leur insertion professionnelle ou encore à l’accès à la commande architecturale.

     

    Aide à l’export et aide dans les territoires

     

    « L’architecture est pour la France un vecteur de rayonnement économique et culturel. C’est l’un de nos secteurs d’excellence », a insisté Franck Riester. D’où un accompagnement spécifique des architectes à l’export pour les aider à décrocher des marchés et pour diffuser les savoir-faire tricolores à l’étranger : en lien avec le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, cette « stratégie d’exportation et d’expertise internationale » est soutenue par l’Afex (Architectes français à l’export), l’Institut français, la Cité de l’architecture et du patrimoine ou encore les écoles d’architecture.

     

    « A l’échelle européenne, je suis également attaché à diffuser l’esprit et la singularité culturelle, géographique et historique de la culture d’un bâti de qualité, c’est pourquoi la France a rejoint les ministres de la Culture signataires de la déclaration de Davos sur la culture du bâti. »

     

    Le locataire de la rue de Valois estime néanmoins que « l’architecture peut et doit jouer un rôle à l’échelon territorial ». Ce qui implique un travail interministériel, qui va consister à décliner au sein de chaque Drac (Direction régionale des affaires culturelles) une stratégie territoriale venant en appui aux élus locaux, professionnels, porteurs de projets et citoyens. La mise en réseau et la contractualisation constitueront les deux leviers de cette stratégie, qui viendra en complément du programme Action coeur de ville.

     

    Penser la « ville-ressource »

    Au-delà du lancement du groupe de travail sur la qualité d’usage et la qualité architecturale des logements sociaux, le ministère de la Culture souhaite que le premier objectif de l’architecture soit de « continuer à faire société ». Pour cela, celle-ci doit devenir un outil de la transition écologique, ce qui passerait, d’après Franck Riester, par deux engagements : d’une part, contribuer à la neutralité énergétique du bâti en usant des connaissances sur les matériaux ; d’autre part, savoir réutiliser le bâti existant « pour préserver les sols et l’environnement naturel ». En filigrane, c’est ainsi le concept de « ville-ressource » qui se dessine : « Je vous encourage à investir les centres urbains. L’un des enjeux des municipales est de repenser les centres-villes, surtout dans les villes moyennes et intermédiaires. »

     

    Cette liste de mesures, que le ministre veut non-exhaustive et amenée à s’enrichir, doit donc permettre de mieux affronter les enjeux de la profession tout en répondant aux problématiques sociales et environnementales de notre époque. Appelant de ses voeux des réunions régulières avec les architectes pour dresser des points d’étape de cette politique publique, Franck Riester jette un pont entre l’architecture et la résilience de notre société : « Il est évident que nous devons changer de mode de vie et de manière de penser le bâti. L’architecture nous aidera à relever les défis de notre temps. Nous avons besoin de vous pour requalifier l’existant, pour ériger des éco-quartiers, des villes intelligentes, pour apporter la nature en ville et pour faire société de la meilleure manière possible », a-t-il lancé aux architectes, avant de les assurer de l’engagement « total » de son ministère à leurs côtés.

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    Coumba Gawlo dans la rubrique l’invité sur TV5 Monde https://www.coupdegriffeactu.com/2019/02/03/coumba-gawlo-dans-la-rubrique-linvite-sur-tv5-monde/ https://www.coupdegriffeactu.com/2019/02/03/coumba-gawlo-dans-la-rubrique-linvite-sur-tv5-monde/#respond Sun, 03 Feb 2019 19:23:55 +0000 http://www.coupdegriffeactu.com/?p=9489 Coumba GAWLO© Malick MBOW
    Coumba GAWLO© Malick MBOW

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    Souleymane Faye fête ses 68 bougies aujourd’hui ! https://www.coupdegriffeactu.com/2019/02/01/souleymane-faye-fete-ses-68-bougies-aujourdhui/ https://www.coupdegriffeactu.com/2019/02/01/souleymane-faye-fete-ses-68-bougies-aujourdhui/#respond Fri, 01 Feb 2019 23:41:53 +0000 http://www.coupdegriffeactu.com/?p=9474  

    Souleymane FAYE - © Malick MBOW
    Souleymane FAYE – © Malick MBOW

     

    leral.net le Vendredi 1 Février 2019 

     

    Souleymane Faye a 68 ans aujourd’hui (il est né 1er février 1951 à Dakar). Joyeux anniversaire ! Artiste multicartes, il avait crevé l’écran dans l’émission Den Kumpe de la Rts où il s’était présenté sous un beau jour. Costume de rigueur, langue mielleuse pour séduire son monde. «J’ai eu mon Certificat d’études en 1958, à l’époque, c’était l’équivalent du Bac d’aujourd’hui. Je suis meilleur dans la maîtrise de la langue française que beaucoup de bacheliers.» Cela vous campe la personnalité d’un artiste philosophe dans l’âme, qui a toujours le mot qui fait mouche, la phrase percutante qui fait danser la cervelle.

    Souleymane Faye est un chanteur sénégalais, un parolier prolixe qui s’est révélé au grand public par ses titres bien moulés à la langue de Kocc, dans le groupe mythique de Xalam 2. Lui s’est formé à la bonne école de la variété et continue de donner du plaisir à ses nombreux fans qui continuent de le suivre dans des hôtels où il se produit.

    Souleymane est un homme de scène qui se dévoile rarement. C’est un être très sensible, très introverti. Mais c’est quelqu’un qui a eu le respect de ses pairs pour sa nombreuse contribution et des albums savoureux qu’il peut léguer sans faire profil bas à la jeune génération.

    Jusque dans un passé récent, son rêve était en XXL. «Je rêve de monter un complexe musical et artisanal. C’est un vieux projet mais je ne rêve que de cela. Je n’ai pas les moyens pour le moment, mais je n’abdique pas. Il faut savoir que j’ai fait quinze années dans la menuiserie. J’ai trop souffert pour ce boulot et je ne vais jamais le laisser tomber. J’aimerais donc disposer d’un lieu pour mes deux passions à savoir un studio d’enregistrement et un atelier de menuiserie. Je parlerais plutôt d’une école de formation, car je souhaiterais transmettre de mon savoir à des jeunes de mon pays.»

    Son répertoire est riche et chacun de ses morceaux pénètre l’âme et adoucit les mœurs. Joyeux anniversaire l’artiste !

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    À L’ÉCOUTE En sol majeur Babacar Mbaye Diop https://www.coupdegriffeactu.com/2019/01/17/a-lecoute-en-sol-majeur-babacar-mbaye-diop/ https://www.coupdegriffeactu.com/2019/01/17/a-lecoute-en-sol-majeur-babacar-mbaye-diop/#respond Thu, 17 Jan 2019 20:56:10 +0000 http://www.coupdegriffeactu.com/?p=9398

    15:13 / 48:30

    À L’ÉCOUTE En sol majeur

    CLIQUER ICI POUR ECOUTER      Expand Player

    Pr Babacar Mbaye DIOP© Malick MBOW
    Pr Babacar Mbaye DIOP© Malick MBOW
    Babacar Mbaye Diop et Yasmine Chouaki.© RFI/Yasmine Chouaki

    Maître de conférences à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, docteur en Philosophie à l’Université de Rouen (France), ex-secrétaire Gal de la Biennale de Dakar, Babacar Mbaye Diop est un intellectuel sénégalais avec lequel il va falloir compter et peut-être capituler. Qui mieux placé que lui pour parler d’esthétique négro-africaine ? Au moment où l’on parle de la restitution des biens culturels africains, il s’avance avec au moins un ouvrage à cogiter Critique de la notion d’art africain qui paraît aux Editions Hermann. Mais, pour lui qui navigue entre deux terres, celle de Cheikh Anta Diop et celle de Flaubert, petite question : est-ce qu’on trouve chez lui plutôt une toile de Picasso le cubiste, ou plutôt une installation du post-moderne Romuald Hazoume ?

    Babacar Mbaye Diop était l’invité d’En Sol Majeur… Bonne écoute.

    Couverture de Critique de la notion d’art africain par Babacar Mbaye Diop
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    MACKY SALL PRÉSIDE L’INAUGURATION OFFICIELLE DU MUSÉE DES CIVILISATIONS NOIRES, JEUDI https://www.coupdegriffeactu.com/2018/12/07/macky-sall-preside-linauguration-officielle-du-musee-des-civilisations-noires-jeudi/ https://www.coupdegriffeactu.com/2018/12/07/macky-sall-preside-linauguration-officielle-du-musee-des-civilisations-noires-jeudi/#respond Fri, 07 Dec 2018 00:17:47 +0000 http://www.coupdegriffeactu.com/?p=9060 Babacar MBOW © Malick MBOW
    Babacar MBOW © Malick MBOW
    PR HAMDY Bocoum© Malick MBOW
    PR HAMDY Bocoum© Malick MBOW

    5 décembre 2018 

    Dakar, 5 déc (APS) – Le chef de l’Etat, Macky Sall, préside, jeudi à 10 heures 30, l’inauguration officielle du Musée des civilisations noires, annonce un communiqué de la cellule communication du ministère de la Culture reçu à l’APS.
    Cette cérémonie se déroulera en présence de plusieurs personnalités du monde de la culture et des arts, précise la même source.

     

    Deux temps forts vont marquer cette matinée, dont la visite de l’exposition inaugurale du musée par le chef de l’Etat.

     

    Suivront ensuite « la cérémonie protocolaire au Grand Théâtre avec des animations et les allocutions dont celle du président de la République », soulignent les organisateurs.

     

    Le programme comporte aussi des activités dans l’après-midi, avec à 16 heures le vernissage de l’exposition « Civilisations Africaines : Création Continue de l’Humanité », qui sera présidé par le ministre de la Culture, Abdou Latif Coulibaly.

     

    L’exposition sera suivie par la représentation au Grand Théâtre de Dakar d’une pièce de théâtre écrite par l’auteur sénégalais Felwine Sarr et interprétée par le comédien burkinabè Etienne Minoungou, directeur artistique des « Récréatrales » de Ouagadougou.

     

    Le Musée des civilisations noires, dont la première pierre a été posée en 2012 par l’ancien chef de l’Etat du Sénégal, Abdoulaye Wade, est une idée émise pour la première fois en 1925 par Lamine Senghor et des intellectuels africains, a rappelé le ministre de la Culture.

     

    Ils ont voulu à travers ce Musée, financé et construit par la Chine, « réhabiliter la dignité de l’homme noire ».

    FKS/ASG/BK

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    Avec le Musée des civilisations noires, l’Afrique va raconter elle-même son histoire (Ministre) https://www.coupdegriffeactu.com/2018/11/11/avec-le-musee-des-civilisations-noires-lafrique-va-raconter-elle-meme-son-histoire-ministre/ https://www.coupdegriffeactu.com/2018/11/11/avec-le-musee-des-civilisations-noires-lafrique-va-raconter-elle-meme-son-histoire-ministre/#respond Sun, 11 Nov 2018 22:33:15 +0000 http://www.coupdegriffeactu.com/?p=8939
    Latif COULIBALY © Malick MBOW
    Latif COULIBALY © Malick MBOW
    •  Le 11 novembre, 2018

    Le Musée des civilisations noires de Dakar, dont l’ouverture est prévue en décembre prochain, va s’inscrire dans une démarche consistant à laisser l’Afrique raconter sa propre histoire, une approche aux antipodes d’une certaine manière de faire qui laissait le soin à des non-Africains de raconter l’histoire africaine, a laissé entendre le ministre de la Culture, Abdou Latif Coulibaly.

    « Nous avons insisté particulièrement sur deux choses. D’abord sur ce qu’on appelle le ‘Now Africa’, ‘L’Afrique maintenant’. C’est une prise de position consistant à dire que maintenant c’est au tour de l’Afrique de montrer ce dont elle est capable », a expliqué M. Coulibaly aux journalistes, lors d’un dîner donné vendredi, à Dakar, en prélude de l’ouverture du Musée des civilisations noires, sur le thème : « Pour un engagement culturel de l’entreprise sénégalaise ».

    Il s’agira, lorsque le Musée des civilisations noires sera ouvert, de laisser l’Afrique maintenant se présenter au reste du monde, selon le ministre de la Culture.

    Des expositions seront organisées au sein de l’établissement culturel, pour « présenter la vie humaine dès ses origines ».

    Il s’agira par exemple, selon Abdou Latif Coulibaly, de mettre en exergue les premiers habitants connus et de montrer en quoi l’Afrique constitue le berceau de l’humanité.

    « Nous aurons également une partie extrêmement importante, appelée ‘appropriation des religions révélées », l’islam, le christianisme et le judaïsme », a-t-il ajouté.

    Il sera question de montrer comment l’Afrique est traversée par des grands « courants » ayant donné lieu à « cette forte diaspora au nord du continent et en Amérique du Nord ».

    « Nous avons décidé de conter notre histoire, par nous-mêmes et pour nous-mêmes. Car l’histoire de l’Afrique a toujours été relatée par les autres », a expliqué le directeur général du Musée des civilisations noires, Hamady Bocoum.

    Des collections venues du Brésil, de Cuba, du Bénin, d’Egypte et d’autres pays pourront être visitées au Musée des civilisations noires, a dit M.

    Auteur: Aps

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    Mise en œuvre de l’action culturelle: Abdou Latif Coulibaly recadre Pierre Goudiaby Atépa https://www.coupdegriffeactu.com/2018/09/02/mise-en-oeuvre-de-laction-culturelle-abdou-latif-coulibaly-recadre-pierre-goudiaby-atepa/ https://www.coupdegriffeactu.com/2018/09/02/mise-en-oeuvre-de-laction-culturelle-abdou-latif-coulibaly-recadre-pierre-goudiaby-atepa/#respond Sun, 02 Sep 2018 21:15:16 +0000 http://www.coupdegriffeactu.com/?p=8686 Latif COULIBALY © Malick MBOW
    Latif COULIBALY © Malick MBOW

    Lors de la déclaration de sa pré-candidature à la présidentielle la semaine dernière, Pierre Atépa Goudiaby a eu « des mots assez durs » sur la mise en œuvre de l’action culturelle au Sénégal, en focalisant ses attaques sur trois symboles: la Place du Souvenir africain, le Musée des civilisations noires et le Monument de la renaissance africaine. Ces critiques ne laissent pas indifférent l’actuel ministre de la Culture, Abdou Latif Coulibaly qui a recadré l’architecte en revenant sur les détails de leur entretien. 

    Rédigé par leral.net le Dimanche 2 Septembre 2018 à 11:52 | | 0 commentaire(s)|

     

    Les deux hommes se sont rencontrés en mars 2018, a rappelé M. Coulibaly : « Pierre Atépa Goudiaby est effectivement venu me voir en mars 2018, pour parler avec moi de trois préoccupations, disait-il, et concernant essentiellement les sujets ci-haut évoqués. Il est arrivé dans mon bureau en compagnie d’un frère avec qui j’ai des liens étroits ».

    Au cours de l’entretien, « Atépa a réclamé, ou plutôt exigé de l’Etat le paiement de droits qu’il détiendrait sur l’Etat, au titre de son statut d’Architecte-Conseil et concepteur du Musée », a dit Abdou Latif Coulibaly, qui a ajouté qu’ « il a estimé ces droits à un milliard de francs.

    Concernant la « prétendue dette » sur le Musée des Civilisations noires, la réponse du ministre de la Culture fut « cinglante » : « vous réclamez une dette due, si je comprends bien vos explications, au titre des faveurs et privilèges qui vous ont été accordés par l’ancien chef de l’Etat » et j’ajoutais : « comprenons-nous bien : une faveur ou un privilège, quel que soit le statut de la personne qui vous l’accorde, souvent au détriment de l’intérêt général, ne saurait constituer un droit pour fonder un titre de créance. Une créance est établie par des documents élaborés à cette fin. Malheureusement, vous n’en disposez pas. L’Etat ne vous doit rien. Si vous revenez me voir avec de tels documents, je saisirai l’Agent judicaire de l’Etat, par le biais de mon collègue en charge des Finances, pour faire prendre votre dette en compte ».

    Evoquant le cas du Monument de la Renaissance africaine, les critiques formulées par Goudiaby se limitaient là également à dénoncer une « gestion calamiteuse » de la structure et « l’incapacité des responsables du site à lui donner les perspectives, conformément à l’idée et à l’esprit qui ont servi à son édification.

    Le dernier point concernait la Place du Souvenir. Et le ministre qui « pèse toujours ses mots », a été aussi « catégorique » : « Pierre vous avez laissé sur place un projet architectural non fini. Un projet mal exécuté, sans âme, encore moins de conceptualisation préalable de son contenu culturel. C’est de la pure prétention et de l’affabulation que de faire croire aux Sénégalais que la Place du Souvenir porte un projet culturel. Son projet architectural est mal fini. Les édifices laissés sur place n’ont pas été bâtis avec des plans connus et accessibles. Il en est de même pour les plans d’installation d’électricité et de plomberie. Les évacuations et canalisations ne sont pas exécutées, à la mesure des exigences techniques et sécuritaires imposées par le site. Les matériaux utilisés ne sont pas adaptés à l’érosion marine, à l’attaque des embruns marins. Il n’y a jamais eu de réception technique officielle de l’ouvrage».

    Face à cette réplique, à en croire l’ancien journaliste, « l’architecte se dégonflera pour admettre la réalité qui lui est décrite, finit par expliquer laborieusement qu’il détenait par devers lui tous les plans ». Et d’ajouter : « A ce jour, Pierre n’est jamais revenu à mon bureau. Il a fait sa déclaration en tronquant toute la vérité sur notre entretien. Heureusement Pierre Atépa Goudiaby n’est qu’un pré-candidat ».

    Pressafrik.com

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    Faire voyager la Joconde coûterait… 30 millions d’euros ! https://www.coupdegriffeactu.com/2018/04/03/faire-voyager-la-joconde-couterait-30-millions-deuros/ https://www.coupdegriffeactu.com/2018/04/03/faire-voyager-la-joconde-couterait-30-millions-deuros/#respond Tue, 03 Apr 2018 01:50:43 +0000 http://www.coupdegriffeactu.com/?p=7624 MONA LISA LEONARD © Malick MBOW
    MONA LISA LEONARD © Malick MBOW
    Yves Jaeglé|02 avril 2018, 22h31|
    Le prêt de la Joconde dans un autre musée semble relever de la mission impossible au regard du coût que son déplacement engendrerait. LP/Philippe de Poulpiquet

    picto exclusif

    Selon une expertise du musée du Louvre, un déplacement de la Joconde dans un musée de province se chiffrerait très – trop – cher. Décryptage.

    Après le rêve, la facture. Si astronomique que le réveil est brutal. Selon une « simulation d’étude » réalisée par la direction du Louvre et adressée au ministère de la Culture que nous nous sommes procurée, un prêt de la Joconde pour une durée de trois mois, dans un musée de province, à la rencontre des Français, coûterait « entre 30 et 35 millions d’euros ».

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    La Ministre a tiqué. Même avec du mécénat privé, réunir une telle somme pour un simple prêt, fut-ce de la peinture la plus célèbre au monde, tient de l’impossible. Françoise Nyssen rêvait pourtant de présenter la Joconde au Louvre Lens. Elle a en tout cas encore rencontré la semaine dernière le maire de la ville nordiste et une association de supporters du club de football sang-et-or, qui avait clamé leur désir d’accueillir Mona Lisa, sur une banderole géante. « Il faut entendre ce que signifie leur désir, celui de voir près de chez eux des œuvres emblématiques de leur patrimoine », a rappelé Françoise Nyssen en présentant jeudi dernier son plan «Joconde etc., Culture près de chez vous ».

    2 millions d’euros minimum pour l’assurance

    Seulement voilà, le Louvre a lâché ses chiffres. D’abord, l’estimation des coûts directs. Au minimum 2 millions d’euros pour l’assurance du chef-d’œuvre. Puis 2 à 3 millions pour une vitrine spéciale, la conception d’un « mur-cimaise », avec un double dispositif garantissant une stabilité de température pour cette peinture de la Renaissance réalisée par Leonard de Vinci sur du bois de peuplier, affaiblie par une fente.

    La Joconde est un chef-d’œuvre en péril, alors sur les routes de France… L’emballage est chiffré à 3 millions d’euros : il faudrait concevoir et réaliser un système de support qui n’existe pas sur le marché, un prototype absorbant totalement les vibrations, dans une caisse spéciale. A quoi s’ajoute 1 à 2 millions pour le transport, l’escorte, les dispositifs de sécurité, la surveillance humaine et électronique.

    LIRE AUSSI >HISTOIRE. Il y a cinq cent ans, la « Joconde » émigrait en France

    13 millions d’euros de recettes de billetterie en moins pour le Louvre

    Mais ce n’est pas tout. Le plus grand musée du monde a aussi estimé son manque à gagner vis-à-vis de tour-opérateurs japonais, chinois, américains ou brésiliens qui pourraient remettre en cause leurs réservations si Mona Lisa quittait le Louvre pour trois mois. Celle-ci, de fait, est prise d’assaut de 9 heures à 18 heures, tous les jours d’ouverture.

    Même si ces coûts indirects prêtent à discussion pour un musée qui compte bien d’autres icônes, de la Victoire de Samothrace au Radeau de la Méduse, le Louvre estime à 13 millions sa perte de recettes de billetterie sans le sourire de la madone. « 90 % des visiteurs du Louvre viennent voir la Joconde », selon le document.

    7,5 millions de pertes de recettes liées au « panier de dépenses » des visiteurs

    Sous la Pyramide, on a aussi calculé qu’un visiteur dépense en moyenne 21 € dans ses librairies boutiques et 9€ dans ses restaurants, et chiffre à 7,5 millions sa perte de recettes liées au « panier de dépenses » des visiteurs. Total : 30 à 35 millions d’euros. Ça fait cher du Paris-Lens, 200km en camion, même ultra-sécurisé. Et si on la laissait tranquille, semble dire le Louvre en sortant froidement sa calculette. Mona Lisa a voyagé aux USA en 1963 et au Japon en 1974. L’année de la crise pétrolière et de la fin des Trente Glorieuses. Les folies, c’est fini.

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    Boubacar Boris Diop : « Des étrangers ne lésinent pas sur les moyens pour nous déconnecter de nos origines » https://www.coupdegriffeactu.com/2018/03/28/boubacar-boris-diop-des-etrangers-ne-lesinent-pas-sur-les-moyens-pour-nous-deconnecter-de-nos-origines/ https://www.coupdegriffeactu.com/2018/03/28/boubacar-boris-diop-des-etrangers-ne-lesinent-pas-sur-les-moyens-pour-nous-deconnecter-de-nos-origines/#respond Wed, 28 Mar 2018 23:12:34 +0000 http://www.coupdegriffeactu.com/?p=7601 Boubacar Boris Diop © Malick MBOW
    Boubacar Boris Diop © Malick MBOW
    • Le 28 mars, 2018

    ne lésinent pas sur les moyens pour nous déconnecter de nos origines »

    Avec « Bàmmeelu Kocc Barma », le dernier ouvrage en Wolof de l’écrivain journaliste Boubacar Boris Diop, 15 ans après son premier roman en wolof « Doomi Golo », on peut dire que l’auteur fait son ancrage dans la langue locale la plus parlée du Sénégal. Lire Boris Diop, c’est découvrir de belles subtilités de cette langue. Surtout quand c’est restitué avec son grand talent ! Après avoir montré qu’il maitrise la langue de Molière, mieux que l’immense majorité des Français de souche, « Boris » peut bien s’autoriser à leur faire un pied de nez. Tout autant donc qu’il maitrise la langue de l’autre, il s’exerce avec une rare finesse dans sa langue maternelle. « Bàmmeelu Kocc Barma », loin d’être un précis sur la vie de ce sage philosophe Wolof, ouvre plutôt l’une des pages les plus tragiques de l’histoire du Sénégal avec le naufrage du bateau « Le Joola » qui a vu périr au fond de l’océan des milliers de personnes. Dans cet entretien, donc, Boubacar Boris Diop de son dernier ouvrage, « Bàmmeelu Kocc Barma ». Entretien savoureux avec l’un de nos plus brillants intellectuels…

    Le Témoin – Après plusieurs livres qui sont devenus des classiques de la littérature francophone, vous vous êtes tourné vers le Wolof et venez de signer Bàmmeelu Kocc Barma, votre second roman dans cette langue. Qu’est-ce qui motive ce tournant ?
    Boubacar Boris DIOP – Personne ne devrait avoir à expliquer pourquoi il écrit des romans dans sa langue maternelle et je rêve du jour où on ne nous mettra plus en demeure de le faire. Mais je dois bien admettre que notre situation historique particulière nous oblige pour le moment à justifier ce qui va tout à fait de soi dans le reste du monde. Par le recours au wolof, je crois avoir tout simplement fait le choix du bon sens et dans le cas d’espèce c’est ce que Sartre, qui a longtemps été mon maitre, appelait « penser contre soi-même ». Je veux dire par là qu’au lieu de me contenter d’une carrière dite normale d’écrivain d’expression française, qui s’est toujours assez bien passée, j’ai choisi d’emprunter une voie certes plus naturelle mais aussi bien plus difficile pour moi.

    Vous arrive-t-il de regretter ce choix ? On parle de double peine…
    Regretter ? Absolument pas. Jamais. Je regrette seulement d’avoir si tard osé le passage à l’acte. C’est que, voyez-vous, j’étais sensible comme tant d’autres aujourd’hui à ces flatteries qui ont surtout pour effet de vous faire perdre toute lucidité et de vous tenir aussi éloigné que possible de votre public naturel.

    Justement, certains disent que votre choix est pure coquetterie, que vous avez attendu d’avoir un nom en langue française avant d’écrire en wolof…
    Cette critique revient tout le temps, elle m’a encore été faite il y a quelques jours en Espagne. Et je réponds toujours à ces interlocuteurs, qui sont parfois de bons amis : « Que n’auriez-vous pas dit si, après une carrière ratée d’auteur francophone, je m’étais lancé dans le combat pour les langues africaines ? Vous vous seriez sûrement moqué de moi : « xool-leen saa waay, jéem naa bind ci tubaab, amu ci ndam, léegi mu ngi nuy bëgg a rey ak coow ! » C’est typiquement un procès d’intention, quoi que vous fassiez les mêmes, décidés à vous tirer vers eux, c’est-à-dire en arrière, trouveront à redire. Je crois que ces gens ont de moins en moins d’arguments rationnels contre les langues nationales et dans leur énervement ils disent à peu près n’importe quoi. C’est bon signe pour nous, on sourit et on avance. Franchement, qui peut en arriver à des calculs aussi pervers ? Ce n’est même pas concevable, en fait. Non, on écrit et vogue la galère.

    Et le marché ? Le lectorat des livres en langues nationales ?
    La production littéraire d’un peuple doit être perçue de manière dynamique, ce n’est pas l’affaire d’un instant figé dans l’histoire. Et en considérant justement l’histoire de la littérature universelle, j’ai l’impression que seule notre époque se pose certaines questions. Pourquoi veut-on tout soumettre, même l’art, à la loi de l’offre et de la demande ? Je sais qu’il y a des auteurs de talent, voire de génie, qui cartonnent, comme on dit. Je peux citer ici Toni Morrison, Chimamanda, Arundathi Roy ou encore John Coetzee. Mais vous avez aussi une foule de célébrités littéraires qui font de grosses ventes avec des récits creux et médiocres, défauts qu’ils réussissent à faire oublier par une savante utilisation des médias et des réseaux sociaux. On ne peut pas imaginer des jeunes spécialistes du marketing littéraire tournant jadis autour d’auteurs comme Goethe ou Dante pour veiller à ce qu’ils ratissent large et leur suggérant à l’occasion de savoir se vendre eux-mêmes pour mieux vendre leurs livres. Cette logique de showbiz, méprisable en elle-même, n’a jamais eu aucun sens dans le contexte d’une littérature naissante. À l’époque des géants que je viens de nommer, le public n’existait souvent presque pas, ce sont eux qui l’ont créé en remettant en cause toutes les certitudes sociales et canons esthétiques. Si vous rapportez tout cela à la création dans nos langues nationales, cela signifie qu’il se pourrait bien qu’avec Aawo bi Mame Younousse Dieng ait eu de son vivant plus de lecteurs en wolof que n’en avait Shakespeare en anglais. Autre exemple : quand Serigne Moussa Kâ est mort en 1967, qui au Sénégal est au courant, en dehors de la communauté mouride ? Sa postérité commence pourtant à être bien plus glorieuse que celle d’écrivains qui tenaient le haut du pavé dans les années 90.

    Pour en revenir à vous, est-il vrai que vous avez décidé de ne plus écrire en français ?
    On me le fait dire et c’est souvent repris sur Internet. Je n’ai pourtant jamais fait une telle déclaration. Cela n’a aucun sens de se couper la langue, au sens propre comme au figuré. En termes plus clairs, on se sert de ses deux jambes mais il en est forcément une avec laquelle on est plus naturellement à l’aise, on peut être gaucher ou droitier. Il s’agit finalement moins de sonner la charge contre une langue donnée que de mettre la sienne à la première place. C’est tout bête. Je ne m’interdis cependant rien, après Doomi Golo en 2003 j’ai publié Kaveena en français en 2007. Tout ce que je peux vous dire pour le moment, c’est que je ressens de moins en moins l’envie de créer directement en français. Ce n’est pas un choix politique ou philosophique délibéré, c’est juste une question de désir, lequel est un facteur essentiel dans la création littéraire. Et ce désir n’est plus là, c’est tout. Est-ce une situation temporaire ou définitive ? Je n’en sais rien et au fond cela m’importe peu.

    Pour reprendre une de vos interrogations, pourquoi devrait-on avoir peur du Wolof ?
    Vous faites allusion à cet article intitulé « Qui a peur du Wolof ? » Il m’a été demandé par Le Monde diplomatique pour marquer la célébration de ce qu’on appelle assez pompeusement la Journée internationale de la francophonie. Les journalistes du mensuel en question connaissent très bien mes positions et savaient donc ce que j’allais écrire. Mais justement, eux aussi, bien que Français, sont très conscients des visées néo-colonialistes de la francophonie, auxquelles ils ne souscrivent pas du tout. Ils avaient en tout cas envie de faire entendre un autre son de cloche. J’ai essayé de montrer que malgré tous les problèmes, il y a de sérieuses avancées dans le domaine linguistique dans certains pays, dont le Sénégal. Et ça, les stratèges de la Françafrique le savent bien, ils ont l’habitude d’observer froidement les mutations sociales dans les pays dominés. Ils voient donc bien que dans notre pays, qui leur a toujours servi de laboratoire, leur langue est en déclin. Ils le disent d’ailleurs et vous voyez bien qu’ils sont en train de battre le rappel des troupes et songent déjà aux moyens de limiter les dégâts. Pourquoi Macron dit-il aujourd’hui qu’il faut veiller à ce que le français n’étouffe pas les langues africaines ? Pourquoi du jour au lendemain tous ces textes un peu geignards sur l’avenir de la francophonie ? J’observe que, dans ce débat typiquement parisien, seuls des intellectuels africains se sont exprimés.

    La francophonie ne concernerait-elle donc pas les auteurs français eux-mêmes ? Tout ça est assez renversant. La Françafrique littéraire voit également dans le bilinguisme un moyen de sauver les meubles, ses hommes essaient déjà de pousser l’idée sans avoir l’air d’y toucher. C’est ce que l’on peut appeler du guddal jéll, on souhaite bien du plaisir à ceux qui essaient d’arrêter la mer avec leurs bras.

    Le titre de votre ouvrage, Bàmmeelu Kocc Barma, pourrait prêter à confusion. Pouvez-vous être plus explicite…
    Le titre s’est imposé de lui-même, ce qui ne m’arrive pas souvent. Je me souviens que c’était le cas avec Murambi, le livre des ossements. En général, j’hésite entre plusieurs possibilités et pas seulement pour les titres d’ailleurs puisque je travaille beaucoup sur les noms des personnages. Oui, on peut être dérouté par le fait qu’une fiction consacrée au naufrage du « Joola » s’appelle Bàmmeelu Kocc Barma. Mais un titre de roman n’a pas à être explicite. Pensez-vous un seul instant à la grève des cheminots du Dakar-Niger quand vous voyez écrit « Les bouts-de-bois-de-Dieu » sur la couverture d’un livre ? Après tout, c’est là que commence le jeu de piste entre l’auteur et le lecteur, l’entrée dans le labyrinthe. Et dans le cas de Bàmmeelu Kocc Barma, il suffit de lire le roman jusqu’au bout pour se rendre compte que le titre est parfaitement justifié.

    Vous semblez être si traumatisé par ce naufrage du bateau « Le Joola » que vous l’écrivez avec le poids des mots : « 1883 toqi deret. Ak benn. Bunu fàtte benn toqu deret boobu. Bunu ci fàtte benn, sax »
    J’ai voulu rappeler avec Bàmmeelu Kocc Barma qu’il ne s’est jamais rien passé de plus important que le naufrage du « Joola » dans l’histoire contemporaine du Sénégal. Pensez-y donc, notre pays n’a jamais été une puissance maritime et voilà qu’avec un petit bateau conçu pour cinq cents personnes, nous enregistrons en une nuit près de deux mille morts, une des plus grandes tragédies du genre dans l’histoire humaine, plus que le fameux Titanic ! Je me souviens d’un récent article de Makhily Gassama revenant sur le naufrage de septembre 2002, il disait en gros arrêtons donc de faire comme si cela n’a jamais eu lieu, et cela m’a impressionné car il brisait la conspiration du silence autour de cette catastrophe. Rien n’est plus choquant que la facilité avec laquelle nous avons eu tendance à oublier ces morts. La fiction est un moyen non pas de les ressusciter mais de faire en sorte qu’ils ne meurent pas une deuxième fois.

    Vos descriptions de la souffrance des victimes nous paraissent un peu macabres. Sont-ce les subtilités de la langue qui l’imposent ou cherchez-vous un effet particulier ?
    Je crois que le sujet lui-même rend inévitable un tel réalisme, encore qu’il ne faille pas en faire trop. Il se trouve aussi que très souvent les personnages d’un roman imposent à l’auteur leurs propres mots et attitudes. Et je dois ajouter que quand on écrit en wolof la charge émotionnelle est bien plus forte, on entend soi-même, distinctement, tout ce qu’on leur fait dire, à travers eux des expériences de vie, de la vraie vie du romancier, refont surface. Le wolof est la seule langue du Sénégal que je connaisse mais je suis à peu près sûr qu’il en est de même quand on écrit en seereer, pulaar ou joolaa.

    Kinne Gaajo recèle en elle toutes les contradictions d’une société qui se veut pourtant puritaine. Pourquoi avoir choisi d’en faire une héroïne ?
    Une des leçons que j’ai apprises au terme de plusieurs décennies de création littéraire, c’est à quel point il est important pour le romancier d’avoir des personnages qui se jouent de toutes les barrières, en particulier des barrières sociales. C’est pourquoi le Fou ou l’Agonisant sont si intéressants, tous les deux se sont en quelque sorte libérés des simagrées de la comédie humaine et puisque rien ne peut brider leur parole, ce sont de magnifiques porte-voix, de même d’ailleurs que tous les marginaux. Le point de vue de l’enfant est lui aussi un excellent moyen de manipuler le lecteur, d’aller jusqu’au bout du dire.On le voit bien dans La vie est belle, ce film extrêmement audacieux de Benigni sur la Shoah. Avec Kinne Gaajo, j’avais besoin d’une figure d’intellectuelle extrêmement libre et talentueuse mais n’ayant presque jamais mis les pieds dans une école française. Kinne Gaajo vient de l’intérieur du pays, elle est d’un milieu modeste, toutes choses qui l’amènent à se prostituer pour aider les siens à survivre. Tout la condamnait à sombrer au fond de l’abime mais elle a eu la force non seulement de rester debout mais de se hisser au sommet par son art. Beaucoup de personnes victimes des mêmes handicaps de départ avaient en elles la même force mais n’ont pas pu ou voulu se battre pour changer le cours de leur destin. Bàmmeelu Kocc Barma est un roman qui exalte la résistance personnelle, qui dit le refus de toute forme de résignation.

    Bàmmeelu Kocc Barma n’épargne personne, les personnages sont crayonnés avec beaucoup de réalisme. Le journaliste véreux, les politiciens bonimenteurs, bouffons et opportunistes. Vous sentiriez-vous désabusé par cette société ?
    La narratrice principale, Njéeme Pay, est une journaliste très célèbre, qui connait les petits secrets des figures les plus éminentes du Sénégal, des politiciens en particulier. Sa lecture de la société se fait à travers ce prisme et elle a tendance à se montrer désabusée et cynique. Cela dit, vous n’imaginez quand même pas un roman avec rien que des politiciens angéliques, des hommes d’affaires tout aussi vertueux et des patrons de presse incorruptibles ! D’un autre côté, le fait de mettre en exergue certains comportements tout à fait blâmables ne signifie pas que l’on incrimine tout un peuple. Mes amis étrangers vivant au Sénégal me disent par exemple souvent à quel point ils aiment notre pays auquel ils ne trouvent que des qualités ! La vérité se trouverait certainement entre ces deux excès, d’hostilité et de tendresse. Pour moi, la seule chose pouvant causer des dégâts à terme, mon réel motif d’angoisse, c’est le fossé grandissant entre les Sénégalais et leur culture négro-africaine. Je le dis depuis des années et je le répète ici : nous sommes en majorité musulmans, nous ne sommes pas pour autant des Arabes. De riches pays étrangers ne lésinent pas sur les moyens pour nous déconnecter de nos origines et leur principale cible ce sont les confréries. C’est exactement le même type d’intervention extérieure qui a rayé la Somalie de la carte. Même s’il est exclu que le Sénégal puisse se trouver un jour dans une situation similaire, il y a lieu de s’inquiéter, tout cela peut quand même finir mal.

    Vous évoquez quelques figures emblématiques du Sénégal. Quel pourrait être leur apport en ces temps de crise et d’absence de repères ?
    C’est juste un rappel, je n’ai voulu donner de leçon à personne. La figure de Sidya Léon Diop est particulièrement importante. Ce prince du Waalo, farouche résistant anticolonialiste, déporté au Gabon – où il a mis fin à ses jours à vingt-huit ans – mérite d’être mieux connu et honoré par notre pays. Parmi les premières réactions que je reçois de mes lecteurs, il est beaucoup question de Sidya. La plupart de ces lecteurs sont des jeunes qui n’en avaient jamais entendu parler auparavant.

    À quand la traduction de Bàmmeelu Kocc Barma ?
    La question m’est posée dès que je publie un texte en wolof. C’était le cas avec Doomi golo. Le danger ici, c’est qu’un passage précipité à l’anglais ou au français pourrait être un enterrement de première classe pour la version originale. Je ne me presse donc jamais et, à titre d’exemple, entre Doomi Golo en 2003 et Les petits de la guenon en 2009, il s’est passé six ans. Ce long délai n’a pas empêché certains de déclarer dans des conférences ou lors d’interviews: « La littérature en langues africaines, ça ne peut pas marcher, voyez par exemple Boris, il a été obligé de traduire immédiatement Doomi Golo en français ! » Cela fait partie de ces arguments irrationnels dont je vous ai parlé au début de cette interview. Le roman a été traduit au bout de six ans et ils utilisent quand même le mot immédiatement… Que pouvez vous répondre à cela ? Pour Bàmmeelu Kocc Barma, je ne sais pas encore, il y a des propositions pour l’anglais mais je me donne le temps de la réflexion. Il est essentiel de laisser à l’original le temps d’apprendre à marcher, de savoir tomber et se relever.

     

    Auteur: Alassane Seck GUEYE – Le Témoin

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